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Dernière modification : 23/03/2026 - Conforme au programme 2025-2026
Figure marquante de la Révolution française, Madame Roland (1754-1793) incarne l'engagement politique d'une femme. Épouse de Jean-Marie Roland, ministre de l'Intérieur, elle joue un rôle essentiel dans le groupe des Girondins. À travers ses salons et ses écrits, elle participe aux débats politiques et défend une vision modérée de la République. Accusée de complot après la chute des Girondins, elle est arrêtée puis guillotinée en 1793. Son destin tragique révèle à la fois l'importance et les limites de l'engagement féminin dans la Révolution.
Une femme de lettres et de convictions
Une éducation éclairée dans la France des Lumières
Née Marie-Jeanne Philipon (ou Philpon selon les sources) dans une famille bourgeoise, elle reçoit une éducation soignée qui dépasse les attentes traditionnelles pour une femme. Passionnée de lecture, elle s'imprègne des auteurs antiques comme Plutarque, qui lui transmet l'idéal du courage civique, mais aussi des philosophes des Lumières, notamment Rousseau qui lui inspire une sensibilité républicaine et morale. Sa culture lui donne les moyens de penser le monde politique à une époque où les femmes sont censées rester en retrait. En se mariant avec Jean-Marie Roland, inspecteur des manufactures puis ministre de l'Intérieur, elle lie sa vie personnelle à son engagement politique, trouvant en son mari un partenaire mais aussi un vecteur d'action publique.
L'animatrice d'un salon politique
Installée à Paris, Madame Roland tient un salon dans lequel se réunissent des figures importantes de la Révolution : Brissot, Pétion, Buzot, Vergniaud et d'autres membres du groupe des Girondins. Ces rencontres ne sont pas de simples conversations mondaines : elles constituent de véritables laboratoires d'idées où s'élabore une vision politique fondée sur la liberté, la raison et une méfiance envers les excès de la violence révolutionnaire. Sa personnalité charismatique et sa maîtrise de l'art oratoire lui permettent d'influencer ses contemporains, malgré son exclusion formelle de la vie politique. Ce salon devient ainsi un espace où une femme peut agir en politique, même de manière indirecte, dans une Révolution qui refuse aux femmes l'accès aux clubs et aux fonctions officielles.

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Madame Roland et le combat des Girondins
L'inspiration intellectuelle des Girondins
Madame Roland joue un rôle essentiel auprès de son mari, Jean-Marie Roland, en rédigeant ou en corrigeant ses discours et lettres, notamment adressés à l'Assemblée ou au roi. Ses textes défendent une conception exigeante de la République : respect des libertés, importance de la vertu civique, refus de la tyrannie monarchique, mais aussi rejet de la violence extrême qui risque de dénaturer la Révolution. À travers sa plume, elle donne une cohérence idéologique aux Girondins, qui représentent une alternative modérée face aux Montagnards. Elle devient donc une véritable « conseillère de l'ombre », participant à l'action politique sans jamais pouvoir apparaître officiellement comme actrice.
Une adversaire résolue des Montagnards
Convaincue que la Révolution ne peut survivre sans modération, Madame Roland critique ouvertement les excès des Montagnards, notamment Robespierre, Marat et Danton, qu'elle accuse de manipuler le peuple et de mettre en danger la République par la Terreur. Ses écrits et ses prises de position la placent au cœur de la lutte politique. Lorsque les Girondins sont éliminés en 1793, elle est arrêtée et accusée de conspirer contre la Révolution. Sa notoriété, son rôle intellectuel et son engagement en font une figure symbolique : frapper Madame Roland, c'est envoyer un signal fort à tous les opposants des Montagnards.
Arrestation, mort et postérité
Une fin tragique sous la Terreur
Arrêtée en juin 1793, Madame Roland est incarcérée à la prison de l'Abbaye puis à la Conciergerie, dans l'attente de son procès. Elle utilise ce temps pour écrire ses Mémoires, où elle retrace son parcours et livre une réflexion profonde sur la Révolution, la politique et la condition des femmes. Son procès est expéditif : elle est reconnue coupable de « conspiration contre l'unité et l'indivisibilité de la République ». Le 8 novembre 1793, elle monte sur l'échafaud avec courage. Selon les témoignages, elle prononce la célèbre phrase : « Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! », avant d'être guillotinée. Sa mort incarne le basculement de la Révolution dans une logique de violence implacable, où même les femmes et les intellectuels engagés ne sont pas épargnés.

Madame Roland plaidant sa cause devant le Tribunal révolutionnaire, gravure de 1799.
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Une figure féminine emblématique de la Révolution
Après sa mort, Madame Roland est célébrée par les survivants girondins et par les mémoires de la Révolution comme une héroïne de la liberté. Ses Mémoires, publiés après 1795, contribuent à forger son image de femme courageuse, vertueuse et victime de la Terreur. Elle devient une figure emblématique de l'engagement féminin, aux côtés d'autres grandes femmes de la Révolution comme Olympe de Gouges ou Théroigne de Méricourt. Cependant, son parcours montre aussi les limites de l'action des femmes : exclues des clubs, privées de droits politiques, elles ne peuvent agir qu'à travers des formes détournées (salons, écrits, influence privée). Madame Roland incarne ainsi à la fois l'audace des femmes dans l'espace public et les obstacles qui freinent leur émancipation.

Dernier Jour de captivité de Madame Roland, 1880.
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