Les territoires dans la mondialisation Cours

L'intensification des échanges au niveau international, c'est-à-dire la mondialisation, laisse apparaître une hiérarchie des territoires en fonction de leur intégration dans cette mondialisation. Plusieurs facteurs permettent l'intégration ou l'exclusion dans les échanges internationaux.

Trois zones économiques, l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Asie de l'Est, polarisent les échanges internationaux. À ces territoires s'ajoutent les pays émergents qui prennent une place de plus en plus importante dans les flux mondiaux. Mais de nombreux États sont à l'écart de la mondialisation et n'ont qu'un poids marginal dans les échanges internationaux.

Les mers et les océans sont des endroits stratégiques de la mondialisation. Ils regorgent de nombreuses ressources (énergétiques, minérales, halieutiques) et sont de plus en plus utilisés pour le transport des marchandises.

Les Nations unies ont défini un droit de la mer, mais il est incomplet. De nombreuses revendications portent sur un agrandissement des Zones économiques exclusives (ZEE). L'importance accrue des mers et des océans dans le processus de mondialisation fait de ces espaces des zones très convoitées. Le contrôle des espaces maritimes est à l'origine de tensions entre les États et a pour conséquences une militarisation ainsi que des dégâts environnementaux.

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Des territoires inégalement intégrés dans la mondialisation

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Les facteurs d'insertion et d'exclusion des territoires

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Les facteurs d'insertion

La mondialisation est le phénomène d'ouverture des économies nationales sur le marché mondial. Cependant, à différentes échelles, les territoires sont inégalement intégrés à ce phénomène. Il existe en effet des facteurs d'insertion et des facteurs d'exclusion des territoires :

  • Il faut avant tout un haut niveau de développement économique et social. Cela permet aux entreprises qui s'installent de bénéficier de nombreux débouchés pour leurs produits et d'une bonne qualité de vie pour leurs employés.
  • L'accessibilité est également primordiale. Un territoire doit pouvoir offrir de bonnes infrastructures de transport comme des routes ou des plates-formes multimodales, et une bonne connexion au réseau Internet. La présence de hubs est un atout supplémentaire.
  • Pour attirer les firmes transnationales, un territoire doit disposer d'avantages comparatifs. Ainsi, une main-d'œuvre qualifiée est attractive et permet le développement des activités de recherche et de développement. Au contraire, une main-d'œuvre peu diplômée et peu coûteuse peut attirer les unités de production.
  • La stabilité politique d'un pays est aussi un facteur d'attraction des firmes multinationales.

Tous ces avantages cumulés créent une dynamique positive qui permet l'accumulation des richesses et renforcent l'attractivité, et par conséquent l'insertion d'un territoire dans la mondialisation.

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Les facteurs d'exclusion

À l'inverse, les facteurs d'exclusion de la mondialisation sont tous liés au mal-développement.

En effet, les pays souffrant de mal-développement cumulent les facteurs répulsifs :

  • Les infrastructures de transport insuffisamment développées sont nuisibles au développement de l'activité économique.
  • L'instabilité politique et la corruption constituent des risques que veulent éviter les firmes transnationales dans leurs investissements.
  • L'extrême pauvreté, le manque d'équipements, une faible représentation des classes moyennes et aisées n'intéressent pas les firmes transnationales à la recherche de marchés riches.

Une dynamique négative se met alors en place : les États sont exclus de la mondialisation à cause de leur mal-développement et cette exclusion renforce leur mal-développement.

Plusieurs moyens permettent de sortir de cette logique d'exclusion :

  • Accueillir les délocalisations des grandes entreprises, comme le fait le Vietnam.
  • Attirer des touristes étrangers, comme le fait l'Éthiopie par exemple.
  • Exploiter des ressources prisées, tendre vers la stabilisation politique ou lutter contre la corruption sont autant de facteurs qui permettent aux pays de s'intégrer dans les échanges mondiaux et d'attirer les firmes transnationales.
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Les pôles de la mondialisation

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La multiplication des pôles

Parce qu'ils cumulaient les facteurs d'inclusion, certains espaces sont devenus des pôles de la mondialisation.

À l'origine, on identifiait trois grands pôles de la mondialisation. Apparu dans les années 1980, le terme de "Triade" sert à désigner ces trois pôles : l'Amérique du Nord, c'est-à-dire les États-Unis et le Canada, l'Europe de l'Ouest et le Japon. Avec la montée en puissance des pays émergents, on assiste désormais à la mise en place d'une multipolarité et le concept de Triade est désormais moins pertinent. On lui préfère l'expression "Triade élargie", intégrant ainsi la Chine dans le pôle Asie de l'Est avec le Japon et la Corée du Sud.

Toutefois, ces trois grands pôles de l'économie restent les principaux acteurs et centres d'impulsion de la mondialisation. La Triade élargie est à l'origine de 75 % du PIB mondial. Elle concentre les sièges sociaux des firmes transnationales dont 80 % ont leur siège dans un pays du Nord, ainsi que les fonctions de commandement politique.

Par ailleurs, le poids des pays émergents dans l'économie mondiale a gagné en importance :

  • Ils représentent depuis quelques années une partie croissante du PIB mondial et du commerce international.
  • Selon le FMI, le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud (les BRICS) sont à l'origine de 60 % de la croissance économique mondiale.
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L'archipel métropolitain

À une échelle plus locale, ce sont certaines métropoles qui sont au cœur de la mondialisation.

New York, Tokyo, Londres et Paris sont les premières métropoles mondiales. Elles sont aussi nommées des villes-mondes ou villes globales.

Le nombre d'habitants est insuffisant pour caractériser une métropole mondiale. Toutes les mégapoles, c'est-à-dire les agglomérations de plus de 10 millions d'habitants, ne sont pas des métropoles mondiales. Pour qu'une ville soit considérée comme une métropole mondiale, il faut qu'elle exerce un rayonnement d'envergure internationale, qu'elle possède une capacité à influencer le monde.

Les métropoles sont des centres de commandement mondiaux, elles concentrent les pouvoirs dans tous les domaines :

  • Dans le domaine de la production et des services, elles accueillent les sièges sociaux des grandes entreprises multinationales. Ainsi, Tokyo et l'agglomération parisienne tiennent respectivement les 1re et 2e places dans le nombre de sièges sociaux d'entreprises.
  • Dans le domaine financier, les banques et les grandes places boursières sont des acteurs-clés des grandes métropoles. Par exemple, New York possède la première bourse au monde.
  • Dans le domaine de l'enseignement et de la recherche, les métropoles disposent d'universités prestigieuses et de centres de recherche technologique avancée.
  • Dans le domaine politique, les organismes internationaux sont basés dans les grandes métropoles mondiales. À New York, on retrouve le siège de l'ONU et de l'UNICEF, à Paris le siège de l'UNESCO.
  • Dans les domaines de l'innovation culturelle et de la mondialisation, les grandes métropoles sont les lieux d'impulsion des modes, aussi bien vestimentaires que musicales ou artistiques. New York a influencé de nombreux courants comme le hip-hop, Paris est réputée mondialement dans le domaine des produits de luxe et Tokyo a développé la culture manga et les jeux vidéo.

Le développement de ces secteurs économiques explique la forte présence du tertiaire supérieur dans ces villes. De très nombreux échanges d'informations, de capitaux et de marchandises ont lieu entre les différentes métropoles mondiales. Celles-ci sont particulièrement bien desservies et reliées entre elles, grâce à de nombreuses infrastructures :

  • des infrastructures de transport multimodales comme les aéroports, les ports, les autoroutes ou encore les voies ferrées ;
  • des moyens de communication modernes. Ainsi, les métropoles mondiales sont à l'origine de 80 % des connexions Internet dans le monde.

Le réseau de métropoles qui se dessine à l'échelle mondiale est appelé l'archipel métropolitain : il s'agit du tissu de villes qui concentrent les centres de commandement et les activités et qui forment un réseau d'échanges et de partage.

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L'importance des interfaces

Les interfaces sont également un pôle primordial dans la mondialisation.

Une interface est une zone de contact, un lieu privilégié d'échanges entre un espace et le reste du monde. Les principales interfaces sont les interfaces maritimes, aéroportuaires et frontalières.

Dans le cadre de l'intensification des échanges internationaux et des transports maritimes, les Zones industrialo-portuaires (ZIP) sont devenues des lieux majeurs de la mondialisation.

  • Pour faciliter les échanges des marchandises entre les navires et les moyens de transport terrestres, des plates-formes multimodales sont aménagées.
  • Lorsqu'un littoral regroupe plusieurs grands ports, on dit qu'il forme une façade maritime, il constitue une zone d'échanges privilégiée.
  • Les littoraux, espaces dynamiques de production et d'échanges, attirent de plus en plus les populations et les activités économiques. Ce phénomène est appelé la littoralisation.
  • Les interfaces frontalières sont également importantes dans les échanges. C'est le cas de la frontière entre les États-Unis et le Mexique ou de la frontière entre les États-Unis et le Canada.

D'autres endroits peuvent être considérés comme des interfaces entre différents espaces, comme les détroits maritimes, les "paradis fiscaux" ou les espaces de tourisme international.

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Les espaces en marge

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Les pays les plus pauvres

Aujourd'hui, très rares sont les territoires qui échappent à la mondialisation. Les territoires en marge de la mondialisation ne sont pas des zones totalement exclues des échanges mondiaux (leur économie est d'ailleurs souvent très extravertie), ce sont plutôt des territoires qui ne représentent qu'une faible part des échanges mondiaux. C'est le cas des pays les plus pauvres.

Les Pays les moins avancés, ou PMA, sont les territoires les plus en marge de la mondialisation :

  • Ils ne contribuent qu'à hauteur de 1 % au PIB mondial et sont à l'origine de 1 % des exportations internationales. C'est-à-dire que \(\displaystyle{\dfrac{1}{8}}\) de la population mondiale (celle des PMA) produit moins d' \(\displaystyle{\dfrac{1}{100}}\) du PIB mondial total.
  • Même si cette part augmente, les PMA ne reçoivent aujourd'hui que 2 % des IDE.
  • Ils ont des économies peu diversifiées. En effet, leurs économies reposent surtout sur l'exploitation agricole, l'exploitation de l'énergie ou des minerais. Une grande partie de leurs ressources est exploitée par des compagnies étrangères.
  • Les PMA sont très dépendants du marché mondial. Lorsque le cours d'une marchandise s'effondre, c'est l'ensemble de l'économie du pays qui est touchée.
  • Enfin, les économies des PMA étant incomplètes, ils doivent recourir au marché mondial pour l'approvisionnement en produits alimentaires et en biens manufacturés. Cette dépendance accentue leur endettement.
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Des espaces en marge à toutes les échelles

On peut se placer à une échelle plus locale et constater que, même dans les pays développés, l'intégration à la mondialisation n'est pas homogène au sein même d'un territoire.

  • Dans les villes, certains quartiers ne profitent pas des bénéfices de la mondialisation. C'est le cas des habitats spontanés précaires dans les métropoles des pays émergents. Ainsi, certaines banlieues des villes européennes regroupent des populations défavorisées. On trouve même des "ghettos" aux États-Unis.
  • Dans les pays émergents et en développement, les campagnes sont davantage marginalisées que les villes.

La mondialisation accentue les inégalités de richesses. Dans les pays émergents, la croissance ne profite qu'à une partie de la population alors que l'autre partie continue de souffrir du mal-développement.

II

Les espaces maritimes, enjeux géostratégiques

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Des enjeux économiques

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Des ressources maritimes

De par leurs richesses, les espaces maritimes représentent de forts enjeux économiques. En effet, les mers et les océans occupent 360 millions de km2, soit 70 % de la surface de la Terre, et contiennent de nombreuses ressources :

  • Les hydrocarbures sont très présents et exploitables grâce aux gisements offshore. Ils représentent 22 % des réserves mondiales de pétrole et 31 % des réserves de gaz naturel. Les gisements offshore sont à l'origine de 30 % de la production de pétrole et de 27 % de la production de gaz en 2010.
  • Les ressources halieutiques sont également importantes. 93 millions de tonnes de poissons, crustacés et mollusques ont été pêchées en 2014.
  • Il existe d'autres ressources potentielles comme les minerais polymétalliques ou le vent marin qui peut permettre la production d'électricité grâce à des éoliennes.
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Un espace de circulation

Les mers et les océans sont devenus des espaces majeurs de circulation des marchandises. En effet, 90 % des marchandises sont transportées par voie maritime.

Quelques régions polarisent le commerce international, comme l'Amérique du Nord, l'Europe ou l'Asie de l'Est. Cela a pour conséquence une utilisation intense et sélective de certaines routes maritimes. Certains détroits et canaux constituent des points de passage obligés et sont des points sensibles :

  • L'utilisation croissante de ces points de passage provoque des risques de collision entre les navires et donc des risques de pollution.
  • Ces lieux sont des endroits géostratégiques majeurs, enjeux de rivalités entre les pays. La piraterie peut y sévir.
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La littoralisation

À la frontière entre ces espaces maritimes et les continents, les littoraux concentrent de plus en plus les populations et les activités économiques.

Ce phénomène s'appelle la littoralisation. Cette attractivité des littoraux s'explique par plusieurs facteurs :

  • Les littoraux offrent une ouverture sur le monde par la mer. En augmentant le rôle du transport maritime, la mondialisation et l'explosion du commerce international ont favorisé leur développement.
  • Le climat des littoraux est souvent plus agréable à vivre qu'à l'intérieur des terres. L'héliotropisme est ainsi un facteur de littoralisation dans certains pays.
  • Les activités touristiques et les loisirs des littoraux attirent d'importantes concentrations de population.
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Les espaces maritimes, des espaces de tensions

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Le droit marin et ses limites

Comme ils représentent de forts enjeux stratégiques pour l'ensemble des pays de la planète, les espaces maritimes sont également des espaces de tensions. La conférence des Nations unies sur le droit de la mer a permis la signature de la convention de Montego Bay en 1982.

Cette dernière définit les eaux territoriales des États. Les États côtiers possèdent donc une mer territoriale sur laquelle s'étendent les droits souverains des États, puis une zone contiguë et enfin une Zone économique exclusive (ZEE) de 200 milles marins à partir de la côte. Dans la Zone économique exclusive, les États peuvent exploiter les ressources mais ne peuvent empêcher la circulation.

Cependant, ce droit connaît des limites. Ainsi, la proximité de certains États rend impossible une application universelle de cette convention. Par ailleurs, de nombreux États revendiquent une extension de leurs Zones économiques exclusives, notamment lorsque celles-ci contiennent des ressources énergétiques ou halieutiques.

Les revendications sur les Zones économiques exclusives conduisent à des tensions entre États qui se les disputent. C'est le cas en mer de Chine, riche en hydrocarbures. C'est également le cas en Arctique. En effet, le réchauffement climatique entraîne la fonte des glaces, ce qui permet l'ouverture de nouvelles routes maritimes et rend possible l'exploitation de nombreuses réserves d'hydrocarbures.

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De nombreuses tensions

Ainsi, de nombreuses tensions naissent dans les espaces maritimes.

Des trafics illégaux de clandestins, de drogue ou encore d'armes y apparaissent.

Les enjeux économiques de ces espaces poussent à une militarisation croissante des mers et des océans. Le contrôle et la sécurisation des routes sont assurés par les États les plus riches et au premier plan les États-Unis.

Enfin, la surexploitation des espaces maritimes pose un problème de durabilité. 80 % des stocks de poissons sont pleinement exploités ou surexploités et les dégâts environnementaux sont nombreux, par exemple les marées noires. Les effets du réchauffement climatique sont aussi très préjudiciables à la survie des écosystèmes marins.