Le milieu social des personnagesQuestion sur corpus type bac

Adapté de Liban, 2009, voie L

En quoi ces scènes de repas informent-elles le lecteur sur le milieu social des personnages ?

Document 1

Texte A : Émile Zola, L'Assommoir, chapitre 7

1877

Dans L'Assommoir, Émile Zola décrit le milieu des petits artisans parisiens. Dans ce passage, on assiste au repas de noces de Gervaise, la blanchisseuse, et de Coupeau, le couvreur.

Ah ! tonnerre ! quel trou dans la blanquette1 ! Si l'on ne parlait guère, on mastiquait ferme. Le saladier se creusait, une cuiller plantée dans la sauce épaisse, une bonne sauce jaune qui tremblait comme une gelée. Là-dedans, on péchait des morceaux de veau ; et il y en avait toujours, le saladier voyageait de main en main, les visages se penchaient et cherchaient des champignons. Les grands pains, posés contre le mur, derrière les convives, avaient l'air de fondre. Entre les bouchées, on entendait les culs des verres retomber sur la table. La sauce était un peu trop salée, il fallut quatre litres pour noyer cette bougresse de blanquette, qui s'avalait comme une crème et qui vous mettait un incendie dans le ventre. Et l'on n'eut pas le temps de souffler, l'épinée2 de cochon, montée sur un plat creux, flanquée de grosses pommes de terre rondes arrivait au milieu d'un nuage de fumée. Il y eut un cri. Sacré nom ! c'était trouvé ! Tout le monde aimait ça. Pour le coup, on allait se mettre en appétit ; et chacun suivait le plat d'un œil oblique, en essuyant son couteau sur son pain, afin d'être prêt. Puis, lorsqu'on se fut servi, on se poussa du coude, on parla, la bouche pleine. Hein ? Quel beurre, cette épinée3 ! Quelque chose de doux et solide qu'on sentait couler le long de son boyau, jusque dans ses bottes. Les pommes de terre étaient un sucre. Ce n'était pas salé ; mais, juste à cause des pommes de terre, ça demandait un coup d'arrosoir toutes les minutes. On cassa le goulot à quatre nouveaux litres. Les assiettes furent si proprement torchées4 qu'on n'en changea pas pour manger les pois au lard. Oh ! les légumes ne tiraient pas à conséquence. On gobait5 ça à pleine cuiller, en s'amusant, de la vraie gourmandise enfin, comme qui dirait le plaisir des dames. Le meilleur, dans les pois, c'était les lardons, grillés à point, puant le sabot de cheval6. Deux litres suffirent.

1 Blanquette : veau en sauce blanche.
2 Épinée : morceau du dos, échine.
3 "Quel beurre, cette épinée" : expression pour dire que l'épinée fond dans la bouche.
4 Proprement torchée : entièrement essuyée à coups de morceaux de pain.
5 Gobait : avalait sans mâcher.
6 Puant le sabot de cheval : qui sentait fort et bon l'odeur de grillé.

Document 2

Texte B : Guy de Maupassant, Mont-Oriol

1887

À Enval, une petite station thermale des monts d'Auvergne, des pensionnaires dînent à la table de l'hôtel où ils sont descendus pour suivre une cure. Les cures thermales étaient très à la mode à la fin du XIXe siècle.

Une vieille dame très maigre, dont personne ne savait le nom, dit avec autorité :
- Je crois que tout le monde se trouverait mieux des eaux d'Enval si le chef de l'hôtel se souvenait un peu qu'il fait la cuisine pour des malades. Vraiment, il nous donne des choses impossibles à digérer.
Et, soudain, toute la table tomba d'accord. Ce fut une indignation contre l'hôtelier qui servait des langoustes, des charcuteries, de l'anguille tartare1, des choux, oui, des choux et des saucisses, tous les aliments les plus indigestes du monde pour ces gens à qui les trois docteurs Bonnefille, Latonne et Honorât2 ordonnaient uniquement des viandes blanches, maigres et tendres, des légumes frais et des laitages.
Riquier frémissait de colère :
- Est-ce que les médecins ne devraient pas surveiller la table des stations thermales, sans laisser le choix si important des nourritures à l'appréciation d'une brute ? Ainsi, tous les jours on nous sert des œufs durs, des anchois et du jambon comme hors-d'œuvre...
M. Monécu l'interrompit :
- Oh ! pardon, ma fille ne digère bien que le jambon qui lui a été ordonné d'ailleurs par Mas-Roussel et par Rémusot3.
Riquier cria :
- Le jambon ! le jambon ! mais c'est un poison, Monsieur.
Et tout à coup la table se trouva divisée en deux clans, les uns tolérant et les autres ne tolérant pas le jambon.
Et une discussion interminable commença, reprise chaque jour, sur le classement des aliments.
Le lait lui-même fut discuté avec emportement, Riquier n'en pouvant boire un verre à bordeaux sans subir aussitôt une indigestion.
Aubry-Pasteur lui répondit, irrité à son tour qu'on contestât les qualités de choses qu'il adorait :
- Mais, sacristi4, Monsieur, si vous êtes atteint de dyspepsie5, et moi de gastralgie6, nous exigerons des aliments aussi différents que les verres de lunettes nécessaires aux myopes7 et aux presbytes8 qui ont cependant, les uns et les autres, les yeux malades.
Il ajouta :
- Moi j'étouffe quand j'ai bu un verre de vin rouge, et je crois qu'il n'y a rien de plus mauvais pour l'homme que le vin. Tous les buveurs d'eau vivent cent ans, tandis que nous...

1 Anguille tartare : poisson gras servi avec une sauce mayonnaise aux câpres.
2 Bonnefille, Latonne et Honorât : petits médecins de province.
3 Mas-Roussel et Rémusot : médecins renommés.
4 Sacristi : juron familier exprimant l'exaspération.
5 Dyspepsie : digestion difficile.
6 Gastralgie : douleurs d'estomac.
7 Myope : personne qui voit mal de loin.
8 Presbyte : personne qui voit mal de près.

Quel type de discours Émile Zola utilise-t-il pour rapporter les paroles des personnages que Guy de Maupassant n'utilise pas ?

Document 1

Texte A : Émile Zola, L'Assommoir, chapitre 7

1877

Dans L'Assommoir, Émile Zola décrit le milieu des petits artisans parisiens. Dans ce passage, on assiste au repas de noces de Gervaise, la blanchisseuse, et de Coupeau, le couvreur.

Ah ! tonnerre ! quel trou dans la blanquette1 ! Si l'on ne parlait guère, on mastiquait ferme. Le saladier se creusait, une cuiller plantée dans la sauce épaisse, une bonne sauce jaune qui tremblait comme une gelée. Là-dedans, on péchait des morceaux de veau ; et il y en avait toujours, le saladier voyageait de main en main, les visages se penchaient et cherchaient des champignons. Les grands pains, posés contre le mur, derrière les convives, avaient l'air de fondre. Entre les bouchées, on entendait les culs des verres retomber sur la table. La sauce était un peu trop salée, il fallut quatre litres pour noyer cette bougresse de blanquette, qui s'avalait comme une crème et qui vous mettait un incendie dans le ventre. Et l'on n'eut pas le temps de souffler, l'épinée2 de cochon, montée sur un plat creux, flanquée de grosses pommes de terre rondes arrivait au milieu d'un nuage de fumée. Il y eut un cri. Sacré nom ! c'était trouvé ! Tout le monde aimait ça. Pour le coup, on allait se mettre en appétit ; et chacun suivait le plat d'un œil oblique, en essuyant son couteau sur son pain, afin d'être prêt. Puis, lorsqu'on se fut servi, on se poussa du coude, on parla, la bouche pleine. Hein ? Quel beurre, cette épinée3 ! Quelque chose de doux et solide qu'on sentait couler le long de son boyau, jusque dans ses bottes. Les pommes de terre étaient un sucre. Ce n'était pas salé ; mais, juste à cause des pommes de terre, ça demandait un coup d'arrosoir toutes les minutes. On cassa le goulot à quatre nouveaux litres. Les assiettes furent si proprement torchées4 qu'on n'en changea pas pour manger les pois au lard. Oh ! les légumes ne tiraient pas à conséquence. On gobait5 ça à pleine cuiller, en s'amusant, de la vraie gourmandise enfin, comme qui dirait le plaisir des dames. Le meilleur, dans les pois, c'était les lardons, grillés à point, puant le sabot de cheval6. Deux litres suffirent.

1 Blanquette : veau en sauce blanche.
2 Épinée : morceau du dos, échine.
3 "Quel beurre, cette épinée" : expression pour dire que l'épinée fond dans la bouche.
4 Proprement torchée : entièrement essuyée à coups de morceaux de pain.
5 Gobait : avalait sans mâcher.
6 Puant le sabot de cheval : qui sentait fort et bon l'odeur de grillé.

Document 2

Texte B : Guy de Maupassant, Mont-Oriol

1887

À Enval, une petite station thermale des monts d'Auvergne, des pensionnaires dînent à la table de l'hôtel où ils sont descendus pour suivre une cure. Les cures thermales étaient très à la mode à la fin du XIXe siècle.

Une vieille dame très maigre, dont personne ne savait le nom, dit avec autorité :
- Je crois que tout le monde se trouverait mieux des eaux d'Enval si le chef de l'hôtel se souvenait un peu qu'il fait la cuisine pour des malades. Vraiment, il nous donne des choses impossibles à digérer.
Et, soudain, toute la table tomba d'accord. Ce fut une indignation contre l'hôtelier qui servait des langoustes, des charcuteries, de l'anguille tartare1, des choux, oui, des choux et des saucisses, tous les aliments les plus indigestes du monde pour ces gens à qui les trois docteurs Bonnefille, Latonne et Honorât2 ordonnaient uniquement des viandes blanches, maigres et tendres, des légumes frais et des laitages.
Riquier frémissait de colère :
- Est-ce que les médecins ne devraient pas surveiller la table des stations thermales, sans laisser le choix si important des nourritures à l'appréciation d'une brute ? Ainsi, tous les jours on nous sert des œufs durs, des anchois et du jambon comme hors-d'œuvre...
M. Monécu l'interrompit :
- Oh ! pardon, ma fille ne digère bien que le jambon qui lui a été ordonné d'ailleurs par Mas-Roussel et par Rémusot3.
Riquier cria :
- Le jambon ! le jambon ! mais c'est un poison, Monsieur.
Et tout à coup la table se trouva divisée en deux clans, les uns tolérant et les autres ne tolérant pas le jambon.
Et une discussion interminable commença, reprise chaque jour, sur le classement des aliments.
Le lait lui-même fut discuté avec emportement, Riquier n'en pouvant boire un verre à bordeaux sans subir aussitôt une indigestion.
Aubry-Pasteur lui répondit, irrité à son tour qu'on contestât les qualités de choses qu'il adorait :
- Mais, sacristi4, Monsieur, si vous êtes atteint de dyspepsie5, et moi de gastralgie6, nous exigerons des aliments aussi différents que les verres de lunettes nécessaires aux myopes7 et aux presbytes8 qui ont cependant, les uns et les autres, les yeux malades.
Il ajouta :
- Moi j'étouffe quand j'ai bu un verre de vin rouge, et je crois qu'il n'y a rien de plus mauvais pour l'homme que le vin. Tous les buveurs d'eau vivent cent ans, tandis que nous...

1 Anguille tartare : poisson gras servi avec une sauce mayonnaise aux câpres.
2 Bonnefille, Latonne et Honorât : petits médecins de province.
3 Mas-Roussel et Rémusot : médecins renommés.
4 Sacristi : juron familier exprimant l'exaspération.
5 Dyspepsie : digestion difficile.
6 Gastralgie : douleurs d'estomac.
7 Myope : personne qui voit mal de loin.
8 Presbyte : personne qui voit mal de près.

Quel langage les personnages du texte de Guy de Maupassant utilisent-ils qui n'est pas utilisé chez Émile Zola ?

Document 1

Texte A : Émile Zola, L'Assommoir, chapitre 7

1877

Dans L'Assommoir, Émile Zola décrit le milieu des petits artisans parisiens. Dans ce passage, on assiste au repas de noces de Gervaise, la blanchisseuse, et de Coupeau, le couvreur.

Ah ! tonnerre ! quel trou dans la blanquette1 ! Si l'on ne parlait guère, on mastiquait ferme. Le saladier se creusait, une cuiller plantée dans la sauce épaisse, une bonne sauce jaune qui tremblait comme une gelée. Là-dedans, on péchait des morceaux de veau ; et il y en avait toujours, le saladier voyageait de main en main, les visages se penchaient et cherchaient des champignons. Les grands pains, posés contre le mur, derrière les convives, avaient l'air de fondre. Entre les bouchées, on entendait les culs des verres retomber sur la table. La sauce était un peu trop salée, il fallut quatre litres pour noyer cette bougresse de blanquette, qui s'avalait comme une crème et qui vous mettait un incendie dans le ventre. Et l'on n'eut pas le temps de souffler, l'épinée2 de cochon, montée sur un plat creux, flanquée de grosses pommes de terre rondes arrivait au milieu d'un nuage de fumée. Il y eut un cri. Sacré nom ! c'était trouvé ! Tout le monde aimait ça. Pour le coup, on allait se mettre en appétit ; et chacun suivait le plat d'un œil oblique, en essuyant son couteau sur son pain, afin d'être prêt. Puis, lorsqu'on se fut servi, on se poussa du coude, on parla, la bouche pleine. Hein ? Quel beurre, cette épinée3 ! Quelque chose de doux et solide qu'on sentait couler le long de son boyau, jusque dans ses bottes. Les pommes de terre étaient un sucre. Ce n'était pas salé ; mais, juste à cause des pommes de terre, ça demandait un coup d'arrosoir toutes les minutes. On cassa le goulot à quatre nouveaux litres. Les assiettes furent si proprement torchées4 qu'on n'en changea pas pour manger les pois au lard. Oh ! les légumes ne tiraient pas à conséquence. On gobait5 ça à pleine cuiller, en s'amusant, de la vraie gourmandise enfin, comme qui dirait le plaisir des dames. Le meilleur, dans les pois, c'était les lardons, grillés à point, puant le sabot de cheval6. Deux litres suffirent.

1 Blanquette : veau en sauce blanche.
2 Épinée : morceau du dos, échine.
3 "Quel beurre, cette épinée" : expression pour dire que l'épinée fond dans la bouche.
4 Proprement torchée : entièrement essuyée à coups de morceaux de pain.
5 Gobait : avalait sans mâcher.
6 Puant le sabot de cheval : qui sentait fort et bon l'odeur de grillé.

Document 2

Texte B : Guy de Maupassant, Mont-Oriol

1887

À Enval, une petite station thermale des monts d'Auvergne, des pensionnaires dînent à la table de l'hôtel où ils sont descendus pour suivre une cure. Les cures thermales étaient très à la mode à la fin du XIXe siècle.

Une vieille dame très maigre, dont personne ne savait le nom, dit avec autorité :
- Je crois que tout le monde se trouverait mieux des eaux d'Enval si le chef de l'hôtel se souvenait un peu qu'il fait la cuisine pour des malades. Vraiment, il nous donne des choses impossibles à digérer.
Et, soudain, toute la table tomba d'accord. Ce fut une indignation contre l'hôtelier qui servait des langoustes, des charcuteries, de l'anguille tartare1, des choux, oui, des choux et des saucisses, tous les aliments les plus indigestes du monde pour ces gens à qui les trois docteurs Bonnefille, Latonne et Honorât2 ordonnaient uniquement des viandes blanches, maigres et tendres, des légumes frais et des laitages.
Riquier frémissait de colère :
- Est-ce que les médecins ne devraient pas surveiller la table des stations thermales, sans laisser le choix si important des nourritures à l'appréciation d'une brute ? Ainsi, tous les jours on nous sert des œufs durs, des anchois et du jambon comme hors-d'œuvre...
M. Monécu l'interrompit :
- Oh ! pardon, ma fille ne digère bien que le jambon qui lui a été ordonné d'ailleurs par Mas-Roussel et par Rémusot3.
Riquier cria :
- Le jambon ! le jambon ! mais c'est un poison, Monsieur.
Et tout à coup la table se trouva divisée en deux clans, les uns tolérant et les autres ne tolérant pas le jambon.
Et une discussion interminable commença, reprise chaque jour, sur le classement des aliments.
Le lait lui-même fut discuté avec emportement, Riquier n'en pouvant boire un verre à bordeaux sans subir aussitôt une indigestion.
Aubry-Pasteur lui répondit, irrité à son tour qu'on contestât les qualités de choses qu'il adorait :
- Mais, sacristi4, Monsieur, si vous êtes atteint de dyspepsie5, et moi de gastralgie6, nous exigerons des aliments aussi différents que les verres de lunettes nécessaires aux myopes7 et aux presbytes8 qui ont cependant, les uns et les autres, les yeux malades.
Il ajouta :
- Moi j'étouffe quand j'ai bu un verre de vin rouge, et je crois qu'il n'y a rien de plus mauvais pour l'homme que le vin. Tous les buveurs d'eau vivent cent ans, tandis que nous...

1 Anguille tartare : poisson gras servi avec une sauce mayonnaise aux câpres.
2 Bonnefille, Latonne et Honorât : petits médecins de province.
3 Mas-Roussel et Rémusot : médecins renommés.
4 Sacristi : juron familier exprimant l'exaspération.
5 Dyspepsie : digestion difficile.
6 Gastralgie : douleurs d'estomac.
7 Myope : personne qui voit mal de loin.
8 Presbyte : personne qui voit mal de près.

Quelle est la différence majeure entre les deux textes ?

Document 1

Texte A : Émile Zola, L'Assommoir, chapitre 7

1877

Dans L'Assommoir, Émile Zola décrit le milieu des petits artisans parisiens. Dans ce passage, on assiste au repas de noces de Gervaise, la blanchisseuse, et de Coupeau, le couvreur.

Ah ! tonnerre ! quel trou dans la blanquette1 ! Si l'on ne parlait guère, on mastiquait ferme. Le saladier se creusait, une cuiller plantée dans la sauce épaisse, une bonne sauce jaune qui tremblait comme une gelée. Là-dedans, on péchait des morceaux de veau ; et il y en avait toujours, le saladier voyageait de main en main, les visages se penchaient et cherchaient des champignons. Les grands pains, posés contre le mur, derrière les convives, avaient l'air de fondre. Entre les bouchées, on entendait les culs des verres retomber sur la table. La sauce était un peu trop salée, il fallut quatre litres pour noyer cette bougresse de blanquette, qui s'avalait comme une crème et qui vous mettait un incendie dans le ventre. Et l'on n'eut pas le temps de souffler, l'épinée2 de cochon, montée sur un plat creux, flanquée de grosses pommes de terre rondes arrivait au milieu d'un nuage de fumée. Il y eut un cri. Sacré nom ! c'était trouvé ! Tout le monde aimait ça. Pour le coup, on allait se mettre en appétit ; et chacun suivait le plat d'un œil oblique, en essuyant son couteau sur son pain, afin d'être prêt. Puis, lorsqu'on se fut servi, on se poussa du coude, on parla, la bouche pleine. Hein ? Quel beurre, cette épinée3 ! Quelque chose de doux et solide qu'on sentait couler le long de son boyau, jusque dans ses bottes. Les pommes de terre étaient un sucre. Ce n'était pas salé ; mais, juste à cause des pommes de terre, ça demandait un coup d'arrosoir toutes les minutes. On cassa le goulot à quatre nouveaux litres. Les assiettes furent si proprement torchées4 qu'on n'en changea pas pour manger les pois au lard. Oh ! les légumes ne tiraient pas à conséquence. On gobait5 ça à pleine cuiller, en s'amusant, de la vraie gourmandise enfin, comme qui dirait le plaisir des dames. Le meilleur, dans les pois, c'était les lardons, grillés à point, puant le sabot de cheval6. Deux litres suffirent.

1 Blanquette : veau en sauce blanche.
2 Épinée : morceau du dos, échine.
3 "Quel beurre, cette épinée" : expression pour dire que l'épinée fond dans la bouche.
4 Proprement torchée : entièrement essuyée à coups de morceaux de pain.
5 Gobait : avalait sans mâcher.
6 Puant le sabot de cheval : qui sentait fort et bon l'odeur de grillé.

Document 2

Texte B : Guy de Maupassant, Mont-Oriol

1887

À Enval, une petite station thermale des monts d'Auvergne, des pensionnaires dînent à la table de l'hôtel où ils sont descendus pour suivre une cure. Les cures thermales étaient très à la mode à la fin du XIXe siècle.

Une vieille dame très maigre, dont personne ne savait le nom, dit avec autorité :
- Je crois que tout le monde se trouverait mieux des eaux d'Enval si le chef de l'hôtel se souvenait un peu qu'il fait la cuisine pour des malades. Vraiment, il nous donne des choses impossibles à digérer.
Et, soudain, toute la table tomba d'accord. Ce fut une indignation contre l'hôtelier qui servait des langoustes, des charcuteries, de l'anguille tartare1, des choux, oui, des choux et des saucisses, tous les aliments les plus indigestes du monde pour ces gens à qui les trois docteurs Bonnefille, Latonne et Honorât2 ordonnaient uniquement des viandes blanches, maigres et tendres, des légumes frais et des laitages.
Riquier frémissait de colère :
- Est-ce que les médecins ne devraient pas surveiller la table des stations thermales, sans laisser le choix si important des nourritures à l'appréciation d'une brute ? Ainsi, tous les jours on nous sert des œufs durs, des anchois et du jambon comme hors-d'œuvre...
M. Monécu l'interrompit :
- Oh ! pardon, ma fille ne digère bien que le jambon qui lui a été ordonné d'ailleurs par Mas-Roussel et par Rémusot3.
Riquier cria :
- Le jambon ! le jambon ! mais c'est un poison, Monsieur.
Et tout à coup la table se trouva divisée en deux clans, les uns tolérant et les autres ne tolérant pas le jambon.
Et une discussion interminable commença, reprise chaque jour, sur le classement des aliments.
Le lait lui-même fut discuté avec emportement, Riquier n'en pouvant boire un verre à bordeaux sans subir aussitôt une indigestion.
Aubry-Pasteur lui répondit, irrité à son tour qu'on contestât les qualités de choses qu'il adorait :
- Mais, sacristi4, Monsieur, si vous êtes atteint de dyspepsie5, et moi de gastralgie6, nous exigerons des aliments aussi différents que les verres de lunettes nécessaires aux myopes7 et aux presbytes8 qui ont cependant, les uns et les autres, les yeux malades.
Il ajouta :
- Moi j'étouffe quand j'ai bu un verre de vin rouge, et je crois qu'il n'y a rien de plus mauvais pour l'homme que le vin. Tous les buveurs d'eau vivent cent ans, tandis que nous...

1 Anguille tartare : poisson gras servi avec une sauce mayonnaise aux câpres.
2 Bonnefille, Latonne et Honorât : petits médecins de province.
3 Mas-Roussel et Rémusot : médecins renommés.
4 Sacristi : juron familier exprimant l'exaspération.
5 Dyspepsie : digestion difficile.
6 Gastralgie : douleurs d'estomac.
7 Myope : personne qui voit mal de loin.
8 Presbyte : personne qui voit mal de près.

À quels milieux sociaux appartiennent les personnages dans les deux textes ?

Document 1

Texte A : Émile Zola, L'Assommoir, chapitre 7

1877

Dans L'Assommoir, Émile Zola décrit le milieu des petits artisans parisiens. Dans ce passage, on assiste au repas de noces de Gervaise, la blanchisseuse, et de Coupeau, le couvreur.

Ah ! tonnerre ! quel trou dans la blanquette1 ! Si l'on ne parlait guère, on mastiquait ferme. Le saladier se creusait, une cuiller plantée dans la sauce épaisse, une bonne sauce jaune qui tremblait comme une gelée. Là-dedans, on péchait des morceaux de veau ; et il y en avait toujours, le saladier voyageait de main en main, les visages se penchaient et cherchaient des champignons. Les grands pains, posés contre le mur, derrière les convives, avaient l'air de fondre. Entre les bouchées, on entendait les culs des verres retomber sur la table. La sauce était un peu trop salée, il fallut quatre litres pour noyer cette bougresse de blanquette, qui s'avalait comme une crème et qui vous mettait un incendie dans le ventre. Et l'on n'eut pas le temps de souffler, l'épinée2 de cochon, montée sur un plat creux, flanquée de grosses pommes de terre rondes arrivait au milieu d'un nuage de fumée. Il y eut un cri. Sacré nom ! c'était trouvé ! Tout le monde aimait ça. Pour le coup, on allait se mettre en appétit ; et chacun suivait le plat d'un œil oblique, en essuyant son couteau sur son pain, afin d'être prêt. Puis, lorsqu'on se fut servi, on se poussa du coude, on parla, la bouche pleine. Hein ? Quel beurre, cette épinée3 ! Quelque chose de doux et solide qu'on sentait couler le long de son boyau, jusque dans ses bottes. Les pommes de terre étaient un sucre. Ce n'était pas salé ; mais, juste à cause des pommes de terre, ça demandait un coup d'arrosoir toutes les minutes. On cassa le goulot à quatre nouveaux litres. Les assiettes furent si proprement torchées4 qu'on n'en changea pas pour manger les pois au lard. Oh ! les légumes ne tiraient pas à conséquence. On gobait5 ça à pleine cuiller, en s'amusant, de la vraie gourmandise enfin, comme qui dirait le plaisir des dames. Le meilleur, dans les pois, c'était les lardons, grillés à point, puant le sabot de cheval6. Deux litres suffirent.

1 Blanquette : veau en sauce blanche.
2 Épinée : morceau du dos, échine.
3 "Quel beurre, cette épinée" : expression pour dire que l'épinée fond dans la bouche.
4 Proprement torchée : entièrement essuyée à coups de morceaux de pain.
5 Gobait : avalait sans mâcher.
6 Puant le sabot de cheval : qui sentait fort et bon l'odeur de grillé.

Document 2

Texte B : Guy de Maupassant, Mont-Oriol

1887

À Enval, une petite station thermale des monts d'Auvergne, des pensionnaires dînent à la table de l'hôtel où ils sont descendus pour suivre une cure. Les cures thermales étaient très à la mode à la fin du XIXe siècle.

Une vieille dame très maigre, dont personne ne savait le nom, dit avec autorité :
- Je crois que tout le monde se trouverait mieux des eaux d'Enval si le chef de l'hôtel se souvenait un peu qu'il fait la cuisine pour des malades. Vraiment, il nous donne des choses impossibles à digérer.
Et, soudain, toute la table tomba d'accord. Ce fut une indignation contre l'hôtelier qui servait des langoustes, des charcuteries, de l'anguille tartare1, des choux, oui, des choux et des saucisses, tous les aliments les plus indigestes du monde pour ces gens à qui les trois docteurs Bonnefille, Latonne et Honorât2 ordonnaient uniquement des viandes blanches, maigres et tendres, des légumes frais et des laitages.
Riquier frémissait de colère :
- Est-ce que les médecins ne devraient pas surveiller la table des stations thermales, sans laisser le choix si important des nourritures à l'appréciation d'une brute ? Ainsi, tous les jours on nous sert des œufs durs, des anchois et du jambon comme hors-d'œuvre...
M. Monécu l'interrompit :
- Oh ! pardon, ma fille ne digère bien que le jambon qui lui a été ordonné d'ailleurs par Mas-Roussel et par Rémusot3.
Riquier cria :
- Le jambon ! le jambon ! mais c'est un poison, Monsieur.
Et tout à coup la table se trouva divisée en deux clans, les uns tolérant et les autres ne tolérant pas le jambon.
Et une discussion interminable commença, reprise chaque jour, sur le classement des aliments.
Le lait lui-même fut discuté avec emportement, Riquier n'en pouvant boire un verre à bordeaux sans subir aussitôt une indigestion.
Aubry-Pasteur lui répondit, irrité à son tour qu'on contestât les qualités de choses qu'il adorait :
- Mais, sacristi4, Monsieur, si vous êtes atteint de dyspepsie5, et moi de gastralgie6, nous exigerons des aliments aussi différents que les verres de lunettes nécessaires aux myopes7 et aux presbytes8 qui ont cependant, les uns et les autres, les yeux malades.
Il ajouta :
- Moi j'étouffe quand j'ai bu un verre de vin rouge, et je crois qu'il n'y a rien de plus mauvais pour l'homme que le vin. Tous les buveurs d'eau vivent cent ans, tandis que nous...

1 Anguille tartare : poisson gras servi avec une sauce mayonnaise aux câpres.
2 Bonnefille, Latonne et Honorât : petits médecins de province.
3 Mas-Roussel et Rémusot : médecins renommés.
4 Sacristi : juron familier exprimant l'exaspération.
5 Dyspepsie : digestion difficile.
6 Gastralgie : douleurs d'estomac.
7 Myope : personne qui voit mal de loin.
8 Presbyte : personne qui voit mal de près.

Questions fréquentes

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