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Nourrir les hommes

Malgré le recul de la faim dans le monde, la sécurité alimentaire reste un enjeu majeur. En effet, le nombre de personnes sous-alimentées reste important et de nombreuses inégalités dans l'accès aux ressources alimentaires persistent.

La croissance démographique et l'évolution des régimes alimentaires provoquent une augmentation des besoins mondiaux.

L'agriculture intensive a permis de faire reculer la faim, mais cette agriculture est très polluante. L'agriculture vivrière dans les pays en voie de développement montre également de nombreuses limites.

Il est nécessaire, pour continuer de faire reculer la faim, de pratiquer une agriculture durable qui permette de répondre aux besoins sans porter atteinte à l'environnement.

I

La faim dans le monde

A

Une amélioration notable

La situation alimentaire s'améliore car malgré l'augmentation de la population provoquée par la transition démographique (7 milliards d'habitants en 2014 contre 2,5 milliards en 1950), le nombre de personnes souffrant de la faim diminue :

  • Le nombre de sous-alimentés a diminué de 200 millions depuis 1990 et la faim touche en 2014 11% de la population mondiale contre 30% en 1960.
  • De plus, les besoins alimentaires sont qualitativement mieux couverts : les hommes s'alimentent en moyenne à hauteur de 2800 kcal/j/hab (on estime les besoins moyens à 2500 kcal/j/hab).

Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), en 2014, 65 pays en développement ont atteint un des objectifs du millénaire qui consiste à faire diminuer de moitié la sous-alimentation dans leur pays.

La surface des terres cultivées n'a augmenté que de 4%, c'est l'amélioration des rendements et donc de la productivité qui a permis de réaliser ces progrès.

Transition démographique

La transition démographique est une période au cours de laquelle la mortalité d'une population diminue en raison des progrès de la médecine et des conditions de vie, tandis que sa natalité reste forte, avant de se réduire à son tour.

-
La transition démographique

Rendement

Le rendement agricole est la production agricole par unité de surface.

Le rendement céréalier en 2013 est de 1330 kg de céréales par hectare en Guinée-Bissau et de 9213 kg par hectare en Belgique.

B

Le maintien de profondes inégalités

Cependant, le nombre de sous-alimentés reste important, puisque 805 millions de personnes souffrent de sous-alimentation en 2014, soit 11% de la population mondiale. Pourtant, les hommes produisent suffisamment de nourriture pour éradiquer la faim et assurer la sécurité alimentaire de tous.

Insécurité alimentaire

L'insécurité alimentaire est une situation dans laquelle une population n'a pas accès à une alimentation suffisante durant une période courte ou longue.

La sous-alimentation se répartie de manière inégale dans le monde :

  • Entre 2014 et 2016, c'est en Asie que l'on observe le plus de personnes souffrant de la faim, soit 512 millions de personnes.
  • Proportionnellement, c'est en Afrique que le problème est le plus important puisque environ 20% de la population souffre de sous-alimentation.

Il existe d'autres problèmes liés à l'alimentation tels que le surpoids qui touche 39% des adultes de plus de 18 ans en 2014.

Les pays en développement font face à ces deux aspects de la malnutrition : la sous-alimentation et la suralimentation. À l'intérieur de certains pays, on observe un accès inégal aux ressources alimentaires entre le monde rural et le monde urbain (mieux approvisionné) et entre les classes aisées et les classes pauvres.

Plusieurs facteurs expliquent ces inégalités :

  • La pauvreté est le facteur le plus important, car elle provoque des difficultés pour accéder aux ressources alimentaires.
  • Les tensions politiques, et notamment les guerres, sont aussi déterminantes. En effet, alors que la sous-alimentation est souvent liée à la pauvreté, les famines ont des causes politiques. De nombreuses famines sont volontairement provoquées.
  • Ces facteurs peuvent se cumuler et s'ajouter à d'autres comme l'enclavement géographique, les hausses des prix alimentaires sur le marché mondial, etc.
C

De nombreux défis

La population compte 7,3 milliards d'habitants en 2016 et continue d'augmenter. Il faudra répondre aux besoins de ces nouveaux habitants. Selon les prévisions, la population mondiale sera de 10 milliards d'habitants vers 2050 et 11 milliards en 2100.

Un autre défi est celui du changement de régime alimentaire. Au niveau global, sous l'effet de l'urbanisation et de l'amélioration des conditions de vie, les populations adoptent un régime alimentaire plus riche en protéines et en matières grasses. Ce phénomène s'appelle la transition alimentaire. Ainsi, il ne faudra pas seulement augmenter la production de 30%, soit l'équivalent de l'augmentation de la population, mais de 130%. En effet, la consommation accrue de viande nécessite de produire beaucoup de céréales pour nourrir le bétail. La FAO indiquait en 2006 que 70% des terres agricoles dans le monde sont destinées à l'alimentation des animaux et que "l'extension de l'élevage est un facteur clé de la déforestation".

II

Un système agricole dual et non durable

A

Le développement de l'agriculture intensive

L'augmentation de la production agricole mondiale a été permise par le développement de l'agriculture intensive. Introduite dans les pays développés dès la révolution industrielle, l'agriculture intensive a progressé tout au long du XXe siècle, souvent avec le soutien des autorités publiques.

En Inde, la révolution verte, avec l'introduction nouvelles pratiques agricoles, a eu pour conséquence une augmentation de la production agricole et l'accès du pays à l'autosuffisance alimentaire. En Europe, la Politique agricole commune (PAC) a financé la modernisation des exploitations agricoles.

L'agriculture intensive correspond à un ensemble de procédés et de pratiques qui permettent une augmentation des rendements :

  • La mécanisation : l'utilisation de machines agricoles améliore considérablement la productivité.
  • L'usage d'engrais chimiques, qui contribue à augmenter les rendements.
  • Les pesticides, qui améliorent les rendements en diminuant les pertes agricoles.
  • De nouvelles techniques agricoles : élevages hors-sol de bétail, cultures sous serres.
  • L'irrigation permet de surmonter les périodes sèches dans des régions chaudes, au climat parfois hostile à l'agriculture.
  • La mise en culture de nouvelles terres permet d'augmenter les productions d'un pays en empiétant sur des terres vierges (par exemple les fronts pionniers en Amérique du Sud).
  • Ces facteurs d'augmentation de production nécessitant d'importants investissements, de nombreux pays soutiennent leurs agriculteurs par le biais de subventions et d'aides financières (la PAC dans l'Union européenne).

Le développement de l'agriculture intensive s'est fait en parallèle avec le développement du secteur agroalimentaire dans lequel les firmes multinationales (Nestlé, Monsanto, Danone, etc.) jouent un rôle grandissant. Certains États, notamment les pays en développement, se sont spécialisés dans les cultures d'exportation et ont recours au marché alimentaire mondial pour obtenir les produits alimentaires dont ils manquent.

Secteur agroalimentaire

Le secteur agroalimentaire regroupe l'ensemble des entreprises qui interviennent en amont, pendant et en aval de la production agricole.

Les fabricants d'engrais, de machines, etc. sont des entreprises qui interviennent en amont de la production agricole alors que les usines de transformation, de transport ou d'emballage des produits agricoles interviennent en aval.

B

L'agriculture vivrière

Dans les pays en développement, une grande partie des paysans pratique l'agriculture vivrière, c'est-à-dire qu'ils consomment les produits de leur travail. Ils sont environ 2 milliards à s'adonner ce type d'agriculture.

L'agriculture vivrière se caractérise par les éléments suivants :

  • Bien que les céréales tiennent une place prédominante, l'agriculture vivrière est souvent une polyculture. Les paysans plantent des fruits, des légumes, etc. Ils peuvent associer l'élevage à cette agriculture.
  • L'agriculture vivrière est peu productive et nécessite une main-d'œuvre nombreuse, car elle utilise peu d'engrais et peu ou pas de machines.
  • Des progrès ont pu être réalisés : outils et méthodes mieux adaptés, sélection des plantes, irrigation, etc. La production a augmenté, mais moins vite que la croissance démographique dans ces pays.
  • Afin de mettre de nouvelles terres en culture, les fronts pionniers se multiplient.

Au niveau mondial, on observe un recul de l'agriculture vivrière au profit de l'agriculture commerciale.

C

Les limites des systèmes agricoles actuels

Tout d'abord, l'agriculture intensive présente des risques pour la santé de l'Homme, qui ingère de fait des produits chimiques. Mais, les modèles agricoles actuels sont également néfastes pour l'environnement. À cause de l'utilisation des intrants chimiques, de l'irrigation intensive et du surpâturage, ils participent à la dégradation, l'appauvrissement et la salinisation des sols. Les fronts pionniers agricoles contribuent à la déforestation.

Le surpâturage

Le surpâturage est la consommation excessive des ressources végétales d'un espace par des animaux trop nombreux, avec pour conséquence d'empêcher le renouvellement de la végétation.

Une grande partie des terres de Mongolie est menacée par le surpâturage.

Front pionnier agricole

Un front pionnier agricole est un territoire anciennement inoccupé mis en valeur et exploité par l'Homme pour cultiver de nouvelles terres

De plus, la souveraineté alimentaire de nombreux pays est menacée par le poids majeur des grandes firmes transnationales qui dominent le marché agricole et qui déterminent les prix du marché agricole. Les principaux pays producteurs gagnent une influence politique vis-à-vis des pays importateurs sur lesquels ils peuvent faire pression ("l'arme alimentaire"). Ce problème se pose davantage pour les pays qui se sont spécialisés dans des cultures d'exportation et sont devenus dépendants du marché alimentaire pour importer leur nourriture. Ce système menace leur souveraineté alimentaire. En effet, lorsque les prix sur le marché mondial augmentent, les catégories les plus pauvres de la population ne sont pas en mesure de se fournir en nourriture. Cette dépendance à un marché alimentaire soumis à la spéculation est à l'origine des "émeutes de la faim" de 2008.

Enfin, de nombreux paysans pratiquent l'agriculture vivrière et ne parviennent pas à assurer leur sécurité alimentaire. Ainsi, 50% des sous-alimentés de la planète sont des petits agriculteurs pratiquant l'agriculture vivrière.

III

Des agricultures durables

A

Les principes de l'agriculture durable

Brundtland, en 1987, est à l'origine de la notion de développement durable, c'est-à-dire un développement qui permet aux générations présentes de subvenir à leurs besoins sans compromettre la capacité des générations futures à subvenir aux leurs.

La FAO définit l'agriculture durable de la manière suivante : répondre aux besoins des générations actuelles et futures qualitativement et quantitativement, fournir un emploi durable, des revenus et des conditions de vie satisfaisantes aux travailleurs agricoles, maintenir ou accroître la production de nourriture sans dégrader l'environnement.

L'agriculture durable implique de développer des révolutions doublement vertes : augmenter les quantités de production et respecter l'environnement.

B

La diversité des agricultures durables

L'agriculture biologique est souvent mise en avant pour répondre aux limites des modes de production agricole actuels. En effet, elle élimine les risques sanitaires et environnementaux car elle n'utilise aucun intrant chimique. La productivité de l'agriculture biologique est plus faible que la productivité de l'agriculture intensive mais elle est tout de même susceptible de nourrir l'humanité. Le "bio" reste peu développé et n'occupe qu'une faible superficie des terres cultivées, soit environ 1% des terres agricoles mondiales. Pourtant le "bio" progresse, entre 2000 et 2012 : le nombre de fermes agricoles biologiques a été multiplié par 8 dans le monde.

L'agriculture raisonnée prend en compte les problèmes environnementaux et sanitaires de l'agriculture intensive :

  • Utilisation minimum des intrants chimiques
  • Recyclage des déchets
  • Préservation de la biodiversité et des paysages

Cependant, l'agriculture raisonnée se rapproche de l'agriculture intensive.

L'utilisation d'OGM (organismes génétiquement modifiés) pose enfin la question des limites du progrès : s'ils permettent d'augmenter les productions en limitant l'utilisation d'engrais et de pesticides grâce à une modification des gènes des plantes, il existe des incertitudes sur leurs risques sanitaires. De plus, il semble que les maladies et les insectes s'adaptent aux transformations génétiques, diminuant fortement l'utilité des OGM.

C

De nouvelles pratiques

Il ne suffit pas de développer des agricultures durables. Les consommateurs doivent aussi modifier leurs pratiques de consommation :

  • La promotion de la consommation de produits agricoles locaux et de saison afin de réduire les émissions de \(\displaystyle{\ce{CO2}}\) provoqué par le transport de produits issus de pays étrangers.
  • La baisse de la consommation de viande, dont la production nécessite de grandes quantités de végétaux et d'eau.
  • Le gaspillage doit aussi diminuer. En France, c'est environ la moitié de la production agricole qui n'est pas utilisée.

D'un point de vue économique et social, de nouveaux schémas émergent afin de créer des relations équitables entre les firmes transnationales agroalimentaires et les petits producteurs. Ces schémas se développent à l'échelle nationale et mondiale (le commerce équitable).

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