Seconde 2016-2017
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Seconde 2016-2017

Nourrir les hommes

Malgré le recul de la faim dans le monde, la sécurité alimentaire reste un enjeu majeur. En effet, le nombre de personnes sous-alimentées reste important et de nombreuses inégalités dans l'accès aux ressources alimentaires persistent.

La croissance démographique et l'évolution des régimes alimentaires provoquent une augmentation des besoins mondiaux.

L'agriculture intensive a permis de faire reculer la faim, mais cette agriculture est très polluante. L'agriculture vivrière dans les pays en voie de développement montre de nombreuses limites.

Il est nécessaire, pour continuer de faire reculer la faim, de pratiquer une agriculture durable qui permette de répondre aux besoins sans porter atteinte à l'environnement.

I

La faim dans le monde

A

Une amélioration notable

La situation alimentaire s'améliore :

  • Malgré l'augmentation de la population provoquée par la transition démographique (7 milliards d'habitants en 2014), le nombre de personnes souffrant de la faim diminue.
  • À l'échelle du monde, les besoins alimentaires sont mieux couverts : les hommes s'alimentent en moyenne à hauteur de 2800 kcal/j/hab (on estime les besoins moyens à 2500 kcal/j/hab).
  • La faim touchait 30% de la population mondiale en 1960 et en touche désormais 11%.
  • Le nombre de sous-alimentés a diminué de 200 millions depuis 1990.
  • Selon la FAO, en 2014, 65 pays en développement ont atteint un des objectifs du millénaire qui consiste à faire diminuer de moitié la sous-alimentation dans leur pays.

La surface des terres cultivées n'a augmenté que de 4%, c'est l'amélioration des rendements et donc de la productivité qui a permis de réaliser ces progrès.

Transition démographique

La transition démographique est une période au cours de laquelle la mortalité d'une population diminue en raison des progrès de la médecine et des conditions de vie, tandis que sa natalité reste forte, avant de se réduire à son tour.

-
La transition démographique

Rendement

Le rendement agricole est la production agricole par unité de surface.

Le rendement céréalier en 2013 est de 1330 kg de céréales par hectare en Guinée-Bissau et de 9213 kg par hectare en Belgique.

B

Le maintien de profondes inégalités

Cependant, le nombre de sous-alimentés reste important, puisque 805 millions de personnes souffrent de sous-alimentation en 2014, soit 11%.

Les hommes produisent suffisamment de nourriture pour éradiquer la faim et assurer la sécurité alimentaire de tous.

Insécurité alimentaire

L'insécurité alimentaire est une situation dans laquelle une population n'a pas accès à une alimentation suffisante durant une période courte ou longue.

Malgré cela, la redistribution de nourriture est très inégale :

  • C'est en Asie que l'on observe le plus de personnes souffrant de la faim, soit 526 millions de personnes.
  • Proportionnellement, c'est en Afrique subsaharienne que le problème est le plus important puisque environ 25 % de la population souffre de sous-alimentation.

À l'inverse, de nombreuses personnes souffrent de suralimentation. En effet, le surpoids touche, en 2014 30 % de l'humanité.

Les pays en développement font face à ces deux aspects de la malnutrition : la sous-alimentation et la suralimentation.

À l'intérieur de certains pays, on observe un accès inégal aux ressources alimentaires entre le monde rural et le monde urbain (mieux approvisionné) et entre les classes aisées et les classes pauvres.

Plusieurs facteurs expliquent ces inégalités :

  • La pauvreté est le facteur le plus important, car elle provoque des difficultés pour accéder aux ressources alimentaires.
  • Les tensions politiques, et notamment les guerres, sont aussi déterminantes. En effet, alors que la sous-alimentation est souvent liée à la pauvreté, les famines ont des causes politiques. De nombreuses famines sont volontairement provoquées.
  • Ces facteurs peuvent se cumuler et s'ajouter à d'autres comme l'enclavement géographique, les hausses des prix alimentaires sur le marché mondial, etc.
C

De nombreux défis

La population continue d'augmenter. Bien que les estimations projettent une stabilisation de la population à 9 milliards d'habitants vers 2050, il faudra répondre à cette croissance d'environ deux milliards de personnes supplémentaires.

Un autre défi est celui du changement de régime alimentaire. Le niveau de développement de la population s'améliore et les populations, de plus en plus urbaines, adoptent un régime alimentaire plus riche en protéines et en matières grasses. Ce phénomène s'appelle la transition alimentaire.

Ainsi, il ne faudra pas seulement augmenter la production de 30%, l'équivalent de l'augmentation de la population, mais de 130%. En effet, la consommation accrue de viande nécessite de produire beaucoup de céréales pour nourrir le bétail. La FAO indique que 70% des terres agricoles dans le monde sont destinées à l'alimentation des animaux et que "l'extension de l'élevage est un facteur clé de la déforestation".

II

Des agricultures non durables

A

L'augmentation de la production

1

Le développement de l'agriculture intensive

L'augmentation de la production agricole mondiale a été permise par des progrès techniques et de nouvelles pratiques agricoles. L'agriculture intensive s'est développée.

L'amélioration des rendements et de la productivité agricoles a considérablement contribué à augmenter les productions. Dans les pays du Nord, la Révolution industrielle a introduit des techniques de production intensive. Dans plusieurs pays du Sud, la Révolution verte a appliqué ces méthodes et mené à l'autosuffisance alimentaire, voire à l'exportation de produits agricoles.

On compte parmi ces facteurs d'amélioration :

  • La mécanisation : l'utilisation de machines agricoles améliore considérablement la productivité.
  • L'usage d'engrais chimiques, qui contribue à augmenter les rendements.
  • Les pesticides, qui améliorent les rendements en diminuant les pertes agricoles.
  • De nouvelles techniques agricoles : élevages hors-sol de bétail, cultures sous serres.
  • L'irrigation permet de surmonter les périodes sèches dans des régions chaudes, au climat parfois hostile à l'agriculture.
  • La mise en culture de nouvelles terres permet d'augmenter les productions d'un pays en empiétant sur des terres vierges (par exemple les fronts pionniers en Amérique du Sud).
  • Ces facteurs d'augmentation de production nécessitant d'importants investissements, de nombreux pays soutiennent leurs agriculteurs par le biais de subventions et d'aides financières (la PAC dans l'Union européenne).
2

Le rôle du système agroalimentaire

Cette production croissante est entrée dans un système agroalimentaire mondial qui regroupe différents acteurs :

  • En amont, les fabricants de machines, d'engrais et d'autres instruments d'augmentation des productions agricoles se sont beaucoup développés.
  • La production agricole elle-même augmente et s'insère dans une logique commerciale à l'échelle mondiale.
  • En aval, ces produits agricoles sont transportés, transformés et mis en vente à travers le monde.

Les grandes firmes multinationales jouent un rôle primordial dans ce système et contrôlent une large part de la production, de la transformation et de la distribution de nourriture (Nestlé, Danone, Monsanto, etc.).

Certains États, notamment les pays en voie de développement, se sont spécialisés dans les cultures d'exportation et ont recours au marché alimentaire mondial pour obtenir les produits alimentaires dont ils manquent.

B

Les limites de l'agriculture intensive et du système agroalimentaire

1

Les risques sanitaires

Si elles ont permis une augmentation importante des productions, les méthodes agricoles modernes présentent des risques pour la santé humaine et animale.

  • L'utilisation de farines animales dans la nourriture du bétail a été à l'origine de maladies graves (maladie de la "vache folle"). Il en est de même pour les poissons d'élevage (saumon) qui présentent dans certains cas des risques pour la santé.
  • Les engrais chimiques et les pesticides peuvent présenter des risques lors de la consommation des produits agricoles concernés. Ils sont également susceptibles de polluer les nappes phréatiques et donc de contaminer l'eau potable.
2

Les risques environnementaux

Les méthodes d'agriculture intensive présentent des risques pour l'environnement :

  • La dégradation et l'appauvrissement des sols en raison de l'utilisation intensive de machines et d'engrais.
  • L'irrigation consomme beaucoup d'eau et contribue à l'assèchement de nappes phréatiques. Elle favorise par ailleurs la salinisation des sols.
  • L'élevage, lorsqu'il amène à regrouper des troupeaux importants de bétail sur des surfaces insuffisantes, favorise la désertification par le surpâturage.
  • L'agriculture extensive occupe de grands espaces aux faibles rendements. En aménageant de nouveaux espaces anciennement sauvages, elle contribue à la déforestation, met en danger la biodiversité et favorise les inondations.
Le surpâturage

Le surpâturage est la consommation excessive des ressources végétales d'un espace par des animaux trop nombreux, avec pour conséquence d'empêcher le renouvellement de la végétation.

Une grande partie des terres de Mongolie est menacée par le surpâturage.

3

Les problèmes liés à la souveraineté alimentaire

  • Le système agroalimentaire mondial donne une influence majeure aux grands pays producteurs et exportateurs (États-Unis, UE, Canada, Argentine, Australie). Ils influencent les prix du marché mondial de denrées alimentaires et gagnent une influence politique vis-à-vis des pays importateurs sur lesquels ils peuvent faire pression ("l'arme alimentaire").
  • De nombreux pays se sont spécialisés dans des cultures d'exportation et ont massivement importé les produits alimentaires pour leur population. Ce système menace leur souveraineté alimentaire. En effet, lorsque les prix sur le marché mondial augmentent, les catégories les plus pauvres de la population ne sont pas en mesure de se fournir en nourriture. Cette dépendance à un marché alimentaire soumis à la spéculation est à l'origine des "émeutes de la faim" de 2008.
C

Les limites de l'agriculture vivrière

Dans les pays en voie de développement (PED), la majorité des paysans pratiquent l'agriculture vivrière, c'est-à-dire qu'ils consomment les produits de leur travail. Ils sont environ 2 milliards à pratiquer ce type d'agriculture.

L'agriculture vivrière se caractérise par les éléments suivants :

  • Bien que les céréales tiennent une place prédominante, l'agriculture vivrière est souvent une polyculture. Les paysans plantent des fruits, des légumes, etc. Ils peuvent associer l'élevage à cette agriculture.
  • L'agriculture vivrière est peu productive et nécessite une main-d'œuvre nombreuse, car elle utilise peu d'engrais et peu ou pas de machines.
  • De nombreux paysans qui pratiquent l'agriculture vivrière ne parviennent pas à assurer leur sécurité alimentaire. 80% des sous-alimentés de la planète sont des petits agriculteurs pratiquant l'agriculture vivrière.
  • Des progrès ont pu être réalisés : outils et méthodes mieux adaptés, sélection des plantes, irrigation, etc. La production a augmenté, mais moins vite que la croissance démographique dans ces pays.
  • Dans les fronts pionniers, le développement de l'agriculture vivrière a souvent pour conséquence l'augmentation de la déforestation qui conduit à l'érosion des sols et à la désertification.

On observe au niveau mondial un recul de l'agriculture vivrière au profit de l'agriculture commerciale.

III

Des agricultures durables

A

Les principes de l'agriculture durable

Brundtland, en 1987, est à l'origine de la notion de développement durable, c'est-à-dire un développement qui permet aux générations présentes de subvenir à leurs besoins sans compromettre la capacité des générations futures à subvenir aux leurs.

La FAO définit l'agriculture durable de la manière suivante : satisfaire les besoins des générations actuelles et futures qualitativement et quantitativement, fournir un emploi durable, des revenus et des conditions de vie satisfaisantes aux travailleurs agricoles, maintenir ou accroître la production de nourriture sans dégrader l'environnement.

L'agriculture durable implique de développer des révolutions doublement vertes : augmenter les quantités de production et respecter l'environnement.

B

La diversité des agricultures durables

L'agriculture biologique est souvent mise en avant pour répondre aux limites des modes de production agricole actuels :

  • C'est une agriculture contraignante à mettre en place.
  • La productivité est limitée, ce qui augmente les coûts de production et rend les produits "bio" plus chers que les produits issus de l'agriculture intensive.
  • En conséquence de ces limites, le "bio" est peu développé et n'occupe qu'une faible superficie des terres cultivées.
  • Cependant, le "bio" progresse : en France, il occupe 6% des surfaces exploitées.

L'agriculture raisonnée prend en compte les problèmes environnementaux et sanitaires de l'agriculture intensive :

  • Utilisation minimum des intrants
  • Recyclage des déchets
  • Préservation de la biodiversité et des paysages

Cependant, l'agriculture raisonnée se rapproche de l'agriculture intensive.

L'utilisation d'OGM (organismes génétiquement modifiés) pose enfin la question des limites du progrès : s'ils permettent d'augmenter les productions en limitant l'utilisation d'engrais et de pesticides grâce à une modification des gènes des plantes, il existe des incertitudes sur leurs risques sanitaires.

C

De nouvelles pratiques

Il ne suffit pas de développer des agricultures durables, les consommateurs doivent aussi modifier leurs pratiques de consommation :

  • La promotion de la consommation de produits agricoles locaux et de saison afin de réduire les émissions de CO2 liées au transport de produits issus de pays étrangers.
  • La baisse de la consommation de viande, dont la production nécessite de grandes quantités de végétaux et d'eau.
  • Le gaspillage doit aussi diminuer. En France, c'est environ la moitié de la production agricole qui n'est pas utilisée.

D'un point de vue économique et social, de nouveaux schémas émergent afin de créer des relations équitables entre les firmes transnationales agroalimentaires et les petits producteurs. Ces schémas se développent à l'échelle nationale et mondiale (le commerce équitable).

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