La chuteProfil d'œuvre

La Chute

Albert Camus

1956

Jean-Baptiste Clamence est un juge. Il se définit comme un "juge-pénitent". C'est un ancien avocat parisien qui vit désormais à Amsterdam.

Lorsqu'il était jeune, il charmait les femmes, il connaissait la gloire. Clamence se décrit comme un homme qui était imbu de lui-même.

Tout change le jour où il ne porte pas secours à une jeune femme en train de se noyer sous un pont de Paris. Clamence débute alors sa "chute". Il se remet en question, il déteste la personne qu'il a été jusqu'à présent. Il se jette dans le vice pour oublier mais il ne peut échapper à son passé.

Alors que sa conscience le travaille, Clamence se souvient de ce qu'il veut oublier. Il se rappelle de la mort d'un de ses amis dans un camp de concentration en Afrique, il s'aperçoit également de la façon dont il a joué avec les femmes.

Devant ses clients, Amsterdam s'accuse, fait un portait très sombre et noir de l'homme. Les gens en face de lui se rendent alors compte eux-mêmes de ce qu'ils sont vraiment. Clamence devient une sorte de miroir de l'être humain.

I

L'écriture du roman

A

Le narrateur

Le roman lui-même pose une question de genre. On dit souvent qu’il s’agit d’un court roman, mais cela pourrait aussi bien être un monologue théâtral, une nouvelle ou bien un essai. Camus est mort quatre ans après la publication du roman, et certains y voient une œuvre-testament.
Le narrateur est donc Clamence lui-même. Le lecteur est directement dans la tête du personnage principal. Le récit s'ouvre sur une rencontre. Clamence est dans un bar et se met à raconter sa vie à un interlocuteur mystérieux. Il s'agit d'une plongée dans la vie d'un homme et de ses pensées.

B

L'écriture blanche

C'est Roland Barthes qui a instauré l'expression d'"écriture blanche" dans Le Degré zéro de l'écriture (1953). Elle est caractérisée par un style minimaliste. C'est une écriture sans intonation, c'est-à-dire sans énonciation.
Elle est "plate", "transparente". C'est une écriture définie par son absence de style. Plusieurs écrivains après la Seconde Guerre mondiale écrivent de la sorte. Tout est dépouillé, l'auteur va à l'essentiel. Cela donne une impression de dureté, de froideur.

II

Le découpage du roman

Le roman est découpé en six parties. À la fin des trois premières parties, il y a l'épisode central, le suicide de la jeune femme que Clamence n'essaie pas de sauver. Les trois premières parties décrivent l'ascension sociale du personnage. Il est devenu un homme important, il est riche, il plaît aux femmes. La noyade lui fait prendre conscience de l'inanité de sa vie.
Les trois dernières parties montrent la façon dont le personnage prend conscience de la réalité de sa vie, faite d'artifices et de faux-semblants. Le héros dresse un portrait très dur de lui-même. Il fait son propre procès.

III

Une accusation universelle de l'humanité

Albert Camus dresse un portrait dégradant de l'homme moderne. Jean-Baptiste Clamence est un double du Jean-Baptiste de la Bible. Toutefois, si dans la Bible, l'homme prêche la parole de Jésus-Christ, ici, Clamence prêche une parole différente. Il assure que l'Homme est mauvais.
Il ne faut pas voir dans le roman le repentir d'un homme qui réalise le mal qu'il a fait. Clamence s'accuse de tous les maux pour ne pas être accusé. Il se dit "juge-pénitent" pour éviter d'être jugé par les autres. Il est lucide, mais seulement pour éviter les critiques.
L'homme moderne est cynique, dur, mais même quand il prend conscience de lui-même, il ne peut s'empêcher de se raconter avec superbe.

Mais attention, je ne m'accuse pas grossièrement, à grands coups sur la poitrine. Non, je navigue souplement, je multiplie les nuances, les digressions aussi, j'adapte enfin mon discours à l'auditeur, j'amène ce dernier à enchérir.

Albert Camus

La Chute

1956