L'enfant de sableProfil d'œuvre

L'enfant de sable

Tahar Ben Jelloun

1985

L'histoire est celle de Zahra, qui est une fille, mais comme son père voulait un garçon, elle se travestit et devient Ahmed pour lui faire plaisir. Le travestissement est psychologique aussi bien que physique. Zahra cache ses formes derrière des djellabas larges. Elle prend une voix grave, tente de changer sa vraie nature. Elle se marie même avec sa cousine.

Pourtant, se comporter comme un homme permet au personnage principal d'échapper à la condition féminine difficile. En effet, en tant qu'homme, Zahra jouit d'une liberté dont une femme ne bénéficie pas. Mais perpétrer le mensonge social n'est pas évident.

Après la mort de son père et de son épouse, plusieurs narrateurs racontent différentes versions. On ne sait pas quelle est la vraie version, on ne sait pas toujours qui parle. Mais le futur d'un homme-femme est forcément marqué par le drame, et le lecteur se doute que la vie de Zahra/Ahmed sera difficile.

I

L'identité

Tahar Ben Jelloun pose la question de ce qu'est le féminin et de ce qu'est le masculin. Le héros de l'histoire est né femme, mais parce que le père veut un garçon, il parvient à devenir homme. Même physiquement, il arrive à cacher ses formes, à se faire pousser des poils sur le menton (rasage régulier).
Psychologiquement surtout, le héros adopte des pensées "masculines". Il est plus libre dans sa sexualité, dans ses faits et gestes. Il peut accéder facilement à l'éducation. En tant qu'homme dans son pays il a des droits.
Mais le héros est avant tout une femme. Même s'il a appris à être un homme, il/elle a toujours ses règles. La découverte de la sexualité est racontée sans tabou (très rare quand il s'agit de la masturbation féminine).
Le roman, sans jamais donner de réponses, propose une réflexion sur ce qui fait l'homme et ce qui fait la femme, sur les différences mais surtout sur les ressemblances. Le roman est donc une quête d'identité.

II

Le narrateur

Le roman est polyphonique. Le lecteur suit la voix intérieure d’Ahmed, mais aussi celles d’autres personnages qui ne sont pas forcément définis. Surtout à la fin, plusieurs conteurs proposent des versions différentes de ce qui arrive au personnage principal.
Lorsqu'Ahmed raconte son histoire, c’est sous la forme d’un journal intime. On peut alors parler d’un monologue intérieur. Le journal est le seul endroit où Ahmed peut être honnête, raconter ce qui lui arrive. Il s’épanouit en écrivant.

III

Une critique de la société musulmane traditionnelle

Le livre est une critique de la société musulmane traditionnelle. En effet, le roman dénonce la place de la femme dans la religion musulmane. Elle n'a pas les mêmes droits que l'homme, elle doit cacher son corps. La société nie la femme, il est donc difficile pour elle de se construire.
C'est car il a honte d'avoir déjà sept filles que le père d'Ahmed transforme son dernier enfant en garçon. Même les parents préfèrent donc les hommes aux femmes. En montrant qu'Ahmed est capable d'être un homme, l'auteur montre que la différence homme / femme est principalement biologique, physique, mais que l'intelligence n'a pas de lien avec le sexe.