Les Destinées Profil d'œuvre

Les Destinées

Alfred de Vigny

1838 − 1863

Les Destinées est un recueil posthume de poèmes d'Alfred de Vigny. Il est composé de onze poèmes. L'univers de l'écrivain est très pessimiste. Le thème du désenchantement est très présent.
On considère ces poèmes comme étant des "poèmes philosophiques". Alfred de Vigny utilise cette expression lui-même en 1842. L'exécuteur testamentaire du poète, Louis Ratisbonne, garde ces termes pour parler des onze textes qu'il rassemble après la mort de l'auteur, et qui s'intitule Les Destinées.

L'ordre des poèmes est le suivant : "Les Destinées", "La Maison du berger", "Les Oracles", "La Sauvage", "La Colère de Samson", "La Mort du loup", "La Flûte", "Le Mont des Oliviers", "La Bouteille à la mer", "Wanda" et "L'Esprit pur".
Le premier poème qui a été écrit est "La Mort du loup". Le plan du recueil est pensé dès 1847, mais il connaît de nombreuses modifications.
La genèse du recueil s'étend sur vingt-cinq ans. Le poète voulait approfondir sa réflexion, il veut se débarrasser de tous les ornements qui ne sont pas nécessaires. Vigny est particulièrement intéressé par la métaphysique, les questions de la vie et de la mort. Son dernier poème achevé, "L'Esprit pur", est souvent considéré comme un texte testamentaire.

I

Des poèmes philosophiques

A

La question métaphysique

Les Destinées est très lié à la question métaphysique. Vigny s’interroge sur la notion de fatalité. Il la voit à l'œuvre tout au long des siècles, dans n'importe quelle civilisation ou religion. Pour lui, le message du Christ n’a pas fait changer le déterminisme : l'être humain est toujours destiné à mourir. Vigny médite ainsi sur la solitude de l’homme. Il propose une au lecteur d'adopter une attitude d’indifférence face au silence divin.
Dans le poème "La Flûte", le poète compare les faiblesses physiques de l'homme à ses incroyables capacités mentales. L'être humain peut créer l'infini avec son esprit. Cela est, pour le poète, une façon de lutter contre la fatalité.

B

Le stoïcisme

Le poète traite du stoïcisme. Ainsi, le poème "La Mort du loup" est une leçon sur l’énergie et une méditation sur la mort. Pour Vigny, il convient d'opposer à la cruelle destinée humaine un stoïcisme aristocratique. Contre la mort, il faut être réfléchi, il faut prendre les choses comme elles sont. Une certaine hauteur, un certain dédain, une indifférence parfaitement maîtrisée, permet de mieux vivre. On ne peut accepter l'idée de mourir qu'en prenant du recul, en acceptant le destin, en restant, finalement, neutre. En tout cas, aussi neutre que possible, à la manière des aristocrates.

Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

Alfred de Vigny

"La Mort du loup", Les Destinées

1838

C

Dépasser l'angoisse

"La Bouteille à la mer" et "L'Esprit pur" sont des poèmes optimistes. Ils proposent une réflexion sur la façon de dépasser l'angoisse. Vigny avance sa confiance en l'Homme. Il est possible de ne plus se sentir prisonnier de la mélancolie, de la peur de la mort. Dans "L'Esprit pur", le poète évoque sa conception de l'esprit. Pour lui, l'écriture permet de rendre immortel. Le poète peut devenir prophète, ou même Dieu. L'écrit, la littérature, voilà qui peut dépasser l'Homme, le rendre immense.

II

La femme

A

La ruse

Dans "La Colère de Samson", Vigny utilise l'épisode de la Bible de Samson et Dalila. Il oppose ainsi la bonté de l'homme et la ruse de la femme. Le poète y utilise sa rupture avec Marie Dorval. Le poète fait de la femme, de Dalila, et donc de Marie Dorval, un être rusé, qui rejette tout sentiment. Elle incarne l'angoisse même. Vigny lui oppose des femmes plus positives, maternelles et protectrices (elles apparaissent dans d'autres poèmes). Dalila est sensuelle et manipulatrice. La femme ne peut donc pas aimer véritablement, l'homme se blesse forcément à son contact.

B

L'amour

À cette femme dure et froide, Vigny oppose des femmes idéales, comme celle dans "La Maison du berger". Elle devient la mystérieuse Eva, elle représente l'espoir pour les hommes, celle qui l'aide à supporter sa condition. L'homme peut être heureux s'il vit avec une femme qu'il aime et qui l'aime en retour. L'amour permet de connaître l'autre, la femme devient alors un miroir de son compagnon. Il n'a pour seul réconfort, au sein d'une solitude consentie, que l'amour partagé. C'est un poème très romantique et lyrique, où l'écrivain utilise deux des plus célèbres métaphores de sa poésie, la perle et le diamant.

III

Des poèmes politiques

Certains poèmes du recueil sont plus politiques, comme "Les Oracles" ou "La Sauvage" et "Wanda". Le premier texte porte sur l'échec de la monarchie de Juillet. Le poète y décortique le mécanisme des révolutions, il semble très lucide sur la façon dont elles sont vouées à ne pas triompher. Dans le second poème, il parle de la loi d'Europe et de la liberté individuelle. Il y justifie la colonisation dans le Nouveau Monde, qui va permettre la démocratie. Il défend ainsi la volonté civilisatrice de son siècle. "Wanda" relate l'histoire de la famille Troubetzkoï et dénonce le despotisme du tsar de Russie. À cause de lui, des familles connaissent le malheur.