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Bouvard et Pécuchet Profil d'œuvre

Bouvard et Pécuchet

Gustave Flaubert

1881

Une journée d'été, à Paris, Bouvard et Pécuchet font connaissance. Ils s'entendent très bien et découvrent qu'ils ont de nombreux points communs. Non seulement ils sont tous les deux copistes, mais ils ont les mêmes centres d'intérêt. Tous deux souhaiteraient d'ailleurs ne plus vivre à Paris et partir à la campagne.

Un héritage va leur permettre de changer de vie. Ils reprennent une ferme dans le Calvados et deviennent agriculteurs. Ils font de l'agronomie, de l'arboriculture, du jardinage, de la conserverie et de la distillerie. Mais ils comprennent très mal comment tout faire fonctionner et sont responsables de nombreux désastres. Toujours intéressés par ce qui les entoure, ils se lancent aussi dans les sciences et étudient la chimie, l'anatomie, la physiologie, la médecine, la nutrition, l'astronomie, la zoologie et la géologie. Loin d'être satisfaits, ils veulent aussi comprendre les arts et apprennent ce qu'ils peuvent sur l'archéologie, l'architecture, la muséologie, la religion celtique, les antiquités, l'histoire, la biographie. Ils se plongent aussi dans la littérature, la politique, l'amour, la philosophie, la religion, l'éducation. Toutes leurs entreprises sont vouées à l'échec, ils n'arrivent à rien, ils sont très mauvais dès qu'ils essaient de faire quelque chose. Ils se disputent sur de nombreuses idées, et l'ennui ne meurt jamais vraiment. Ils finissent donc par redevenir copistes.

I

Les caractéristiques du roman

A

Une œuvre inachevée

Le projet de ce roman remonte à 1872. Flaubert a pour but d'écrire un roman comique. Il veut se moquer de la vanité de ses contemporains qui pensent pouvoir tout faire, tout apprendre, tout maîtriser. Flaubert rassemble une documentation impressionnante pour écrire ce roman. Il traite de très nombreux sujets et doit donc pouvoir se faire une idée sur chacun d'eux. Mais il meurt avant d'avoir achevé son œuvre.
Lors de la rédaction de l'ouvrage, Flaubert avait pensé sous-titrer son roman Encyclopédie de la bêtise humaine. À la fin du roman, on trouve le Dictionnaire des idées reçues qui est très célèbre. Dans la forme qui nous est parvenue, le roman constitue en fait uniquement la première partie du plan initial. L'auteur prévoyait donc de développer bien davantage l'histoire de ces deux hommes qui veulent tout savoir, tout expérimenter, mais s'y prennent n'importe comment. Le roman dans sa forme définitive ne constitue que la première partie du plan. Au moment de sa publication, l'accueil fut réservé.

B

L'arrière-plan

Flaubert a voulu peindre le mouvement de la société moderne. Il veut montrer comment vivent les classes moyennes et bourgeoises, de la fin du règne de Louis-Philippe jusqu'à celle de Napoléon III. L'époque est ainsi marquée par l'esprit de réforme et de progrès scientifique. Bouvard et Pécuchet sont ainsi ouverts à toutes les idées nouvelles, à toutes les réformes. Ils mélangent tout, ce qui est bon, ce qui est mauvais, ce qui sert et ce qui ne sert pas. Le roman commence vers 1845, moment où l'on parle de régénération de l'agriculture et de l'industrie. Cela va entraîner en 1848 des réformes politiques importantes et la naissance du socialisme.

II

La bêtise humaine

A

Une satire

Dans cette œuvre satirique, Gustave Flaubert écrit sur la vaine prétention humaine à vouloir tout savoir, tout vivre, tout ressentir, tout expérimenter, tout consommer, tout contrôler. Les deux hommes essaient ainsi d'amasser tout le savoir, de tout pratiquer, tout apprendre. Mais en vérité, ils cherchent surtout à fuir l'inaction. Leur quête n'a pas vraiment de sens, elle n'est pas réfléchie. Ils n'ont pas un réel amour du savoir, il s'agit plutôt d'une peur de l'ennui. Les deux amis cherchent en vérité à fuir la réalité en s'imaginant autres que ce qu'ils sont.
Flaubert utilise beaucoup l'ironie et de nombreux éléments comiques peuvent être relevés. L'ensemble constitue une satire des hommes qui pensaient pouvoir tout connaître, tout savoir. L'écrivain se moque des faux savants qui croient que l'on peut connaître véritablement quelque chose sans s'y consacrer pleinement.

B

Un duo burlesque

Bouvard et Pécuchet amusent beaucoup par leur caractère burlesque. Ils forment un duo d'idiots qui vont essayer de tout apprendre et faire des catastrophes. Dans la campagne où ils s'isolent, on les regarde étrangement.
S'ils représentent la bêtise humaine, ils n'en sont pas moins très attachants. Dans le petit village de Chavignolles, ils sont tout de même les plus éclairés et les plus généreux. Même s'ils échouent, leur but est louable. Ils veulent renouveler les systèmes agricoles et aider les autres. Ils pensent à l'émancipation des citoyens, à leur bien-être, et en retour se font insulter par les villageois. Il y a aussi quelque chose de tragique dans cela.
Ils se tournent vers la foi et veulent une religion rationnelle mais se disputent avec leur curé. Ils veulent éduquer deux orphelins mais en font des ingrats. Flaubert se moque de ses personnages, mais il souligne aussi leur bonne foi. Ils voudraient réellement sauver le monde, améliorer leur société. Mais ils ne peuvent pas.

III

Le projet de Flaubert

A

Un roman philosophique

À propos de son roman, Flaubert a écrit : "Ce que j'ai fait n'a peut-être de nom dans aucune langue ; mais comme je ne puis pas éviter qu'on le prenne pour un roman, je voudrais bien qu'on y vît un roman philosophique. C'est mon testament, le résumé de mes expériences et de mon jugement sur l'Homme et les œuvres de l'Homme." En effet, Flaubert montre la vaine lutte de deux hommes qui cherchent à fuir leur condition. Il critique la façon dont ils tentent d'échapper à leur destin, et finit par affirmer que l'Histoire n'a pas de fin, que c'est un éternel recommencement. Ainsi, à la fin du roman, les deux hommes redeviennent copistes.

B

La place du narrateur

Le projet de Flaubert est de se faire invisible dans le roman, il ne faut pas pouvoir déceler la présence de l'auteur. Néanmoins, le jugement de Flaubert transparaît, comme dans ses autres romans. Ainsi, son ironie n'échappe pas au lecteur. Il ne s'agit pas d'un simple témoignage, surtout que dans ce roman, Flaubert entend critiquer très franchement les hommes de son époque et leur vaine prétention.
Flaubert cherche aussi à se démarquer de l'esthétique du roman-feuilleton qui est très aimée à son époque. Il veut écrire un "roman de la lenteur". En écrivant avec ironie et pessimisme sur son monde, il se fait parfois moraliste. Ainsi, le Dictionnaire des idées reçues que l'on peut lire à la fin de Bouvard et Pécuchet en est un bon exemple.