L'école des femmes Profil d'œuvre

L'École des femmes

Molière

1663

Arnolphe aime l'aristocratie. Il a changé son nom pour devenir "Monsieur de La Souche", car cela fait plus noble. Il veut se marier mais craint d'être trompé. Il décide d'épouser sa pupille Agnès, qui a été élevée dans un couvent. Il fait part de ses projets à son ami Chrysalde. Ce dernier ne trouve pas cela normal. Arnolphe rencontre Horace, fils d'Oronte, qui est tombé amoureux d'Agnès. Horace ignore qu'Arnolphe est le tuteur d'Agnès. Il se moque de "Monsieur de La Souche" sans savoir qu'il lui parle.
Arnolphe s'emporte contre Alain et Georgette, ses serviteurs, qui ont permis à Horace de rencontrer Agnès. Il questionne ensuite sa pupille et est rassuré par ses réponses. Il décide néanmoins que le mariage aura lieu plus tôt. Agnès croit d'abord que c'est Horace son futur mari, mais Arnolphe lui révèle que c'est lui-même.

Arnolphe apprend à Agnès ses devoirs conjugaux. Elle semble accepter son sort. Agnès a renvoyé Horace en lui lançant une pierre ; toutefois, elle a pris soin d'y attacher un mot d'amour. Lorsqu'Arnolphe l'apprend, il est fou de jalousie.
Arnolphe affirme qu'il se battra jusqu'au bout pour l'amour d'Agnès. Il apprend qu'Horace est de nouveau venu voir Agnès et qu'elle l'a caché dans une armoire. Il demande à ses valets de frapper le jeune homme à coups de bâton la prochaine fois.
Horace va voir Arnolphe. Il lui explique qu'il a été rué de coups par le tuteur d'Agnès (il ignore toujours que c'est Arnolphe) et qu'il a fait le mort. Agnès s'est enfuie avec lui et il veut la cacher chez celui qu'il considère comme son ami. Arnolphe exulte, il a récupéré Agnès. Il lui dit combien il l'aime, mais elle s'en moque. Oronte, le père d'Horace, arrive alors. Il veut marier son fils à la fille de son ami Enrique, qui revient des Amériques. Agnès se révèle être la fille de celle-ci. Les deux amants peuvent donc se marier.

I

Une comédie

A

Une pièce grivoise

L'École des femmes traite de l'infidélité féminine, et utilise particulièrement le principe du quiproquo comme ressort dramatique. La pièce est pleine de sous-entendus grivois. En cela, elle est très proche d'une farce. Le titre même peut faire penser à L'École des filles, un dialogue érotique de 1655 écrit par Michel Millot, qui avait été interdit. De plus, le nom Arnolphe était traditionnellement donné aux cocus (plaisanterie).
Les répliques elles-mêmes sont souvent grivoises, on peut relever des éléments sexuels. Ainsi, le terme "moineau" désigne à l'époque le sexe masculin, tandis que les "puces" sont liées aux démangeaisons amoureuses.

AGNÈS :
Il me prenait et les mains et les bras,
Et de me les baiser il n'était jamais las.

ARNOLPHE :
Ne vous a-t-il point pris, Agnès, quelque autre chose...

AGNÈS :
Hé, il m'a...

ARNOLPHE :
Quoi ?

AGNÈS :
Pris...

ARNOLPHE :
Euh !

AGNÈS :
Le...

Molière

L'École des femmes, Acte II, scène 5

1662

Les non-dits sont ici très grivois et prêtent fortement à rire.

B

Un double dénouement

On peut parler pour la pièce de double dénouement. Si, d'une part, la comédie se conclut sur le mariage traditionnel des deux amoureux, d'autre part, Arnolphe se retrouve tout seul, abandonné, laissé à son désespoir. Le dernier mot de la pièce est d'ailleurs de lui, et il laisse échapper un cri ou un soupir, une onomatopée qui dit sa désillusion. Il a perdu, il n'a pas Agnès, alors qu'il l'aimait vraiment. On peut donc parler d'un dénouement heureux de comédie, mais lié à une scène plus tragique, la solitude du héros.

II

Les personnages

A

L'évolution d'Agnès

Agnès est un personnage qui évolue beaucoup. Elle passe de la jeune fille innocente à la femme émancipée. On reprochera d'ailleurs à Molière l'invraisemblance d'une évolution si rapide.
Agnès peut symboliser l'épicurisme. Elle entend profiter de la vie et des plaisirs qu'on va lui offrir. Très vite, elle rejette Arnolphe et lui préfère le jeune et beau Horace. Elle se lamente à l'idée de finir sa vie femme auprès d'un homme qu'elle n'aime pas. Elle réclame le plaisir, le désir, le droit à la jeunesse, le droit de vivre en d'autres termes. Elle n'a pas peur, à la fin de la pièce, d'agir selon ses désirs, en s'enfuyant avec Horace.

B

L'obsession d'Arnolphe

Arnolphe est un personnage obsédé à l'idée d'être cocufié. Il veut se marier, mais il ne fait confiance à personne. Pour lui, épouser sa pupille, c'est se protéger du risque d'être ridicule, puisqu'elle est innocente et ne lui fera pas de mal. L'obsession devient bientôt celle d'avoir Agnès pour lui. Au début, elle représente le "moins mauvais choix", mais il tombe finalement vraiment amoureux d'elle. Il en perd la raison et tout jugement. Ses amis et même ses valets tentent de lui faire comprendre qu'il se trompe, qu'Agnès ne l'aime pas, puis bientôt qu'Agnès va le tromper, mais il n'écoute pas. Il reste sur son idée fixe et va être perdu à cause de cela.

C

Des personnages dignes de la commedia dell'arte

Horace est le jeune amoureux par excellence qu'on retrouve dans la commedia dell' arte. Il est néanmoins représenté comme fort naïf, aveugle à la réalité. Il ne se rend pas compte qu'il livre Agnès à son tuteur. Son incapacité à prendre conscience de la situation le rend presque idiot.
D'autres personnages de la pièce rappellent la comédie italienne. Ainsi, les deux pères sont les hommes bons, dévoués à leurs enfants, grâce à qui le mariage est possible. Chrysalde fait office de raisonneur. Les deux valets, animés par le désir d'argent, sont inscrits dans le registre de la farce.

III

La querelle de L'École des femmes

La querelle de L'École des femmes éclate dès la première représentation. Molière avait déjà été accusé d'impiété à cause de Tartuffe et Dom Juan. Dans la pièce, il critique l'hypocrisie de son époque. La morale semble être que les plaisirs devraient être libres. Arnolphe est condamné à la fin pour sa bêtise, et car il a retenu prisonnière Agnès. Mais ceux qui triomphent semblent aller contre la morale de l'époque. Le désir et l'amour l'emportent. De plus, Molière se moque de livres de morale comme Le Guide des pécheurs. Le dramaturge affirme que la religion ne peut pas s'accorder avec la nouvelle société et les exigences mondaines.
Molière défend aussi les femmes. Il montre que morale et religion les privent de liberté. La condition de la femme dans le mariage chrétien est dénoncée. Ce discours est loin d'être partagé par la majorité des contemporains de l'écrivain. On le fustige de toutes parts.