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Capitale de la douleur Profil d'œuvre

Capitale de la douleur

Paul Éluard

1926

Capitale de la douleur est le premier recueil de Paul Éluard, il paraît en 1926. Il comprend une centaine de poèmes, dont la plupart avaient déjà été publiés. Le titre même de l'œuvre laisse entendre qu'il y a deux capitales : celle où vit Éluard, Paris donc, mais aussi Gala qui est sa femme, le cœur de sa passion et de sa peine. En effet, l'ouvrage est centré sur la figure de son épouse. Elle le fait souffrir, car l'amour est une passion douloureuse.

Les poèmes ont donc pour thème l'amour, mais aussi la mélancolie. Éluard parle beaucoup de nostalgie, de jours de pluie. Il fait allusion plusieurs fois à des miroirs brisés. Il semble ainsi que la malchance accompagne ses amours. Toutefois, le fond des poèmes reste optimiste. En effet, le poète refuse de capituler, son amour est trop fort, il veut le chanter. Pourtant, il sait que son aimée va sans doute l'abandonner. En effet, Gala, dans la réalité, a quitté Éluard pour Dali quelques temps après.

I

Le mouvement surréaliste

Après la Première Guerre mondiale, le mouvement surréaliste est créé. Il naît de la rencontre d'André Breton, Philippe Soupault, Paul Éluard, Benjamin Peret et Louis Aragon. Ils remettent en cause l'esthétique de la poésie. Ils se dressent contre les générations passées, leurs idéaux, leurs visions, leur héritage. Pour eux, tout cela a été responsable de la guerre qui vient de se terminer.
Une grande partie de la jeunesse française vient de mourir, sacrifiée à la guerre. L'horreur des tranchées imprègne les mémoires. Les surréalistes veulent éviter un autre conflit meurtrier et rejettent toutes les valeurs de leurs parents. La religion fait ainsi partie de ce que les surréalistes critiquent. Ils s'en détachent complètement. Ils dénoncent les préjugés et le conformisme.
Les surréalistes sont unis par une même idée, celle d'inventer une nouvelle façon de vivre. Ils n'ont cependant pas créé un véritable mouvement artistique avec des règles, l'objet artistique est secondaire. Ils sont surtout engagés dans une réformation humaine. La poésie surréaliste est un moyen de reconquérir une liberté. Le but est de donner à l'Homme la possibilité d'explorer sa conscience. Les artistes du mouvement s'inspirent de Lautréamont et de Rimbaud, mais aussi d'Apollinaire, inventeur du mot "surréalisme".

II

La tonalité du recueil

A

La structure

Paul Éluard s'inspire beaucoup de Lautréamont et de Rimbaud pour cet ouvrage. Il y a quatre sections, dont deux sont des recueils précédemment publiés : "Répétitions" et "Mourir de ne pas mourir". On trouve déjà la violence de l'amour. Dans "Les Petits Justes", divisé en onze sections, on retrouve ainsi six sections qui apparaissaient dans "Mourir de ne pas mourir", et quarante-six "Nouveaux Poèmes" terminent ce recueil. L'articulation de l'ensemble a été bien pensée.
Éluard rend hommage à des nombreux artistes. Il revendique ainsi les influences des peintres Ernst, Braque, Klee, Miró, Picasso, De Chirico et Masson. Il parle également de l'écrivain Gaston Leroux.

B

Le style

Le livre est très riche formellement parlant. Éluard joue vraiment sur la langue. Il s'inspire d'Apollinaire. En effet, on trouve des sonnets, des vers blancs, mais surtout des ruptures métriques. Le poète joue sur les calembours et utilise aussi des motifs dadaïstes et surréalistes.
Les poèmes sont très structurés, très travaillés. André Breton parle des "mouvements du cœur" que Paul Éluard a su reproduire en utilisant la langue. Le thème du regard est sans cesse convoqué, la lumière est invoquée. Éluard propose de vraiment regarder son œuvre.

III

"La Courbe de tes yeux"

C'est probablement le plus célèbre poème de Paul Éluard, et un texte essentiel du surréalisme. Le poète commence par faire un éloge des yeux de la femme aimée. On appelle cela un "blason", car il se concentre sur un détail. Le poète parle aussi des lèvres, ce qui ajoute de la sensualité. La structure du poème est circulaire également. Pour créer cet effet, Éluard utilise des assonances en "ou", pour rappeler "courbe". Il ne se contente pas de parler des yeux, il assure qu'ils sont purs, donc que Gala est une femme morale.
Le poème parle du bonheur partagé d'un couple. L'homme y dépend de la femme. Elle agit alors qu'il est passif (ce qui est assez rare en littérature). Éluard associe la femme aimée à la mère, il lui donne beaucoup de pouvoir. Elle permet de faire renaître.
C'est grâce à l'amante que le poète découvre le monde. Elle est l'inspiratrice, la muse. Elle devient donc une véritable déesse.

La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Paul Éluard

"La Courbe de tes yeux", Capitale de la douleur

1926

La première strophe est le passage le plus célèbre du poème.