La bête humaine Profil d'œuvre

La Bête humaine

Émile Zola

1890

Roubaud est sous-chef de gare au Havre. Un usager a porté plainte contre lui, et il doit monter à Paris pour se défendre. Sa femme Séverine l'accompagne. Il apprend alors que Grandmorin, protecteur de la jeune femme et président de la Compagnie des chemins de fer, a abusé d'elle dans son enfance. Il devient jaloux.
Jacques Lantier est mécanicien de train. Il va souvent voir sa marraine Phasie Misard. Elle est garde-barrière et vit avec son mari et à sa fille Flore. Phasie refuse de partager avec son mari les 1 000 francs dont elle a hérité. Misard l'empoisonne alors lentement en versant du salpêtre dans son sel avant de l'achever avec de la mort-aux-rats. Après la mort de sa femme, il cherche l'argent mais ne le trouve pas. Flore est une jeune fille sauvage. Elle tombe amoureuse de Lantier qui n'aime que sa locomotive. Un jour où ils sont prêts à faire l'amour, Jacques est en proie à une pulsion meurtrière. Il s'enfuit pour ne pas tuer Flore.

Roubaud et sa femme attirent Grandmorin dans un train et le tuent. Jacques Lantier, qui a assisté à la scène, les reconnaît comme coupables, mais Séverine l'attendrit et il ment. Le juge Denizet, chargé de l'affaire, sait que Séverine va hériter de la maison de Grandmorin. Mais pour ne pas créer de scandale en révélant qui était vraiment Grandmorin, il trouve en Cabuche, un forestier violent et fruste, une victime idéale. Séverine a peur qu'on comprenne qu'elle est coupable à cause de la lettre qu'elle a envoyée à Grandmorin pour qu'il prenne le train où il a été tué.
Séverine et Roubaud se déchirent de plus en plus. Il commence à boire, dépense son argent, joue aux jeux. Séverine devient la maîtresse de Lantier. Roubaud les surprend un jour mais ne dit rien.

Un jour, la locomotive de Lantier est bloquée par la neige. Les passagers du train, dont Séverine fait partie, se réfugient chez le garde-barrière. Flore découvre que Jacques Lantier et Séverine Roubaud sont amants. Séverine veut tuer son mari, elle demande à Lantier de l'aider mais il n'a pas le courage de le faire. Flore, jalouse, provoque un accident de train, espérant tuer Séverine et Jacques. Mais ils survivent, alors que de nombreuses autres personnes sont tuées. Jacques sait qu'elle est coupable, et Flore se suicide en se jetant sous un train.

Jacques et Séverine tendent un piège à Roubaud dans la maison que Séverine a héritée de Grandmorin. Mais Jacques retombe dans sa folie meurtrière et la tue. Cabuche arrive sur les lieux avant le mari et essaie de secourir Séverine. Roubaud arrive alors en compagnie de Misard. Roubaud et Cabuche sont jugés complices par le juge Denizet et sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité pour les meurtres de Séverine et Granmorin. Lantier est témoin au procès et les laisse accuser à sa place. Jacques et Pecqueux conduisent leur train. Les deux hommes finissent par se battre sur la locomotive, car Pecqueux est jaloux de la relation que Jacques a eue avec Philomène. Ils tombent. Ils sont alors broyés par le train. La locomotive poursuit son chemin, sans conducteur, lancée dans une course folle, alors qu'à son bord se trouvent des soldats partis se battre contre les Prussiens.

I

L'hérédité

L'ouvrage a pour but d'étudier l'influence du milieu sur l'Homme et les tares héréditaires d'une famille. Le cycle des Rougon-Macquart suit la famille sur cinq générations, depuis l'ancêtre Adélaïde Fouque (née en 1768) jusqu'à un enfant de Pascal Rougon et sa nièce Clotilde (1874).
Dans un roman naturaliste, les traits de caractère des personnages sont au cœur de l'histoire. L'auteur entend dénoncer la fatalité de la génétique. Zola étudie, tout au long de son cycle des Rougon-Macquart, dont fait partie ce roman, la façon dont l'hérédité joue sur le destin des personnes.
Ainsi, Roubaud a des folies meurtrières, tout comme Flore et Jacques Lantier. Roubaud est aussi attiré par l'alcool. Toutefois, l'hérédité ne suffit pas. C'est bien le milieu social dans lequel les personnages évoluent qui les poussent au meurtre et à la boisson.

II

Les accidents

A

Des événements de plus en plus dramatiques

Dans le roman, il y a plusieurs accidents de train, qui sont de plus en plus graves. Ils s'instaurent dans le récit et ont un effet de gradation, on sent qu'on approche de la fin, la fatalité est impossible à arrêter, comme le train dans les dernières pages du roman, qui fonce sans pouvoir être stoppé.
Il y a d'abord la tempête de neige. La Lison (la locomotive) doit partir au Havre à 6h40, mais la neige tombe drue. La Lison s'enfonce et il est très dur de la dégager. Flore découvre à ce moment-là la relation entre Jacques et Séverine.
Le deuxième accident est le déraillement. Flore, jalouse et triste, veut se venger de Jacques. Elle place en travers de la voie un carrier qui provoque un accident. Beaucoup de personnes meurent, mais pas les deux amants visés. Flore se jette ensuite sous un train.
Le dernier accident est celui qui a lieu à cause de la bataille entre Jacques et Pecqueux. Jacques a provoqué la jalousie de Pecqueux en ayant une relation avec Philomène. Les deux hommes se battent sur la locomotive. Ils meurent en tombant. Le train poursuit sa course folle.

B

La symbolique

Le premier accident est une lutte entre Lantier et la Lison, mais aussi une lutte entre Lantier et Séverine. En effet, Lantier se bat pour contrôler la Lison, qui ne lui obéit pas. C'est la neige qui empêche d'avancer, or la neige et Séverine sont sans cesse associées : Lantier est donc en lutte contre les femmes. Cette scène rappelle les pulsions meurtrières de Lantier, qui a toujours envie de tuer des femmes.
Le deuxième accident implique de nouveau Lantier avec des femmes, mais cette fois-ci deux vraies femmes. C'est une lutte entre Flore, la femme forte, la femme libre, qui se venge de Séverine, la femme douce qu'aime Lantier.
La dernière scène est une lutte entre deux hommes, à cause d'une femme. Mais cette fois, les deux êtres humains perdent la lutte, et c'est la machine qui continue, qui fonce, qui est libre.

III

Qui est la bête humaine ?

A

Les humains

Le titre peut se rapporter aux personnages du roman qui ont des pulsions meurtrières. Ainsi, Roubaud est prêt à tuer Grandmorier, fou de jalousie car il a abusé de sa femme. Il passe à l'action. C'est la jalousie aussi qui entraîne Flore à commettre un accident qui va coûter la mort à plusieurs personnes. Quant à Misard, il empoisonne sa femme pour hériter. Ce sont des êtres terrifiants, car ils trouvent toujours que le meurtre est la solution pour assouvir leur jalousie ou obtenir de l'argent.
Lantier éprouve l'envie de tuer les femmes quand il est en contact avec elles. Cette pulsion n'est pas animée par un sentiment en particulier, c'est une pulsion qui n'a pas de sens, incontrôlable, terrifiante, meurtrière. Il est sans doute la véritable bête humaine du roman, car il n'a pas de motivation pour tuer, il se transforme en monstre.

B

La Lison

La locomotive peut être considérée comme un personnage à part entière. Tout d'abord, elle est personnifiée. C'est-à-dire que Zola lui attribue des qualités humaines. Elle a un nom, la Lison. Il la décrit comme étant un animal (il l'associe à un cheval). Puis il l'associe à une femme. Il lui prête une conscience, des émotions. De bête mécanique, elle devient ainsi une bête humaine. Zola propose ainsi une réflexion sur l'être humain, mais aussi sur les machines qu'il crée. C'est Lantier qui associe volontiers Lison à une femme. Elle est la femme idéale pour lui, puisqu'elle lui résiste, qu'elle est plus forte que lui, qu'il ne peut rien contre elle. Elle ne peut être tuée, elle ne peut être blessée.

On n'entendait plus, on ne voyait plus. La Lison, renversée sur les reins, le ventre ouvert, perdait sa vapeur, par les robinets arrachés, les tuyaux crevés, en des souffles qui grondaient, pareils à des râles furieux de géante. Une haleine blanche en sortait, inépuisable, roulant d'épais tourbillons au ras du sol, pendant que du foyer, les braises tombées, rouges comme le sang même des entrailles, ajoutaient leurs fumées noires. La cheminée, dans la violence du choc, était entrée en Terre ; à l'endroit où il avait porté, le châssis s'était rompu, faussant les deux longerons ; et, les roues en l'air, semblable à une cavale monstrueuse, décousue par quelque formidable coup de corne, la Lison montrait ses bielles tordues, ses cylindres cassés, ses tiroirs et leurs excentriques écrasés, toute une affreuse plaie bâillant au plein air, par où l'âme continuait de sortir, avec un fracas d'enragé désespoir.

Émile Zola

La Bête humaine

1890

Dans cet extrait, on constate que Zola associe la Lison à un animal. Mais il lui prête aussi des sensations et des sentiments (désespoir) et, surtout, une âme. Ce passage permet aussi de mettre en avant la méthode naturaliste de Zola. En effet, il connaît vraisemblablement parfaitement la façon dont fonctionnent une locomotive et les parties qui la constituent.