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Le Mouvement perpétuel Profil d'œuvre

Le Mouvement perpétuel

Louis Aragon

1926

Le Mouvement perpétuel est un recueil d'Aragon, publié en 1920. Il s'inscrit dans le mouvement surréaliste. On relève aussi l'influence de l'esthétique baroque. Aragon espère pouvoir exprimer la façon dont le monde est constamment en mouvement. Pour cela, il faut jouer avec les formes, avec l'idée de stabilité. L'illusion est au cœur de l'entreprise du poète.

Aragon explore le monde et souligne sa volonté de le transformer. Il refuse toutes les formes de dictature et d'oppression de l'Etat. L'engagement politique d'Aragon est au cœur de son œuvre. Le recueil se divise en deux parties, "Le Mouvement perpétuel" et "Les Destinées de la poésie". On peut citer les poèmes suivants : "Le Rêve bleu", "Suicide", "La Route de la révolte", "Nocturne" et "Le Ciel brûle".

I

Le mouvement surréaliste

Après la Première Guerre mondiale, le mouvement surréaliste est créé. Il naît de la rencontre d'André Breton, Philippe Soupault, Paul Éluard, Benjamin Peret et Louis Aragon. Ils remettent en cause l'esthétique de la poésie. Ils se dressent contre les générations passées, leurs idéaux, leurs visions, leur héritage. Pour eux, tout cela a été responsable de la guerre qui vient de se terminer.
Une grande partie de la jeunesse française vient de mourir, sacrifiée à la guerre. L'horreur des tranchées imprègne les mémoires. Les surréalistes veulent éviter un autre conflit meurtrier et rejettent toutes les valeurs de leurs parents. La religion fait ainsi partie de ce que les surréalistes critiquent. Ils s'en détachent complètement. Ils dénoncent les préjugés et le conformisme.
Les surréalistes sont unis par une même idée, celle d'inventer une nouvelle façon de vivre. Ils n'ont cependant pas créé un véritable mouvement artistique avec des règles, l'objet artistique est secondaire. Ils sont surtout engagés dans une réformation humaine. La poésie surréaliste est un moyen de reconquérir une liberté. Le but est de donner à l'Homme la possibilité d'explorer sa conscience. Les artistes du mouvement s'inspirent de Lautréamont et de Rimbaud, mais aussi d'Apollinaire, inventeur du mot "surréalisme".

II

Louis Aragon et le mouvement perpétuel

A

Le mouvement

Le mouvement peut être le mécanisme d'une horloge ou d'une montre. Aragon propose ainsi une réflexion sur le temps. Il convoque pour cela les ressources de la poésie. Le mouvement est aussi le mouvement littéraire. Aragon est passé du dadaïsme au théâtre, au roman, à la poésie. Il s'essaie ainsi à tous les genres.
Le mouvement perpétuel est une affirmation d'une œuvre changeante, mouvante, impossible à saisir. Aragon met au défi de critiquer sa poésie, de la classer. Elle est par définition inclassable, mystérieuse, différente.

B

L'écriture automatique

Pour illustrer ce mouvement perpétuel, Aragon utilise toutes les ressources de la poésie. Son œuvre est politique mais aussi lyrique. Parfois, il choisit d'écrire en respectant la forme classique, avec des vers mesurés et des rimes. Parfois, il préfère la prose. Il joue beaucoup avec la polysémie des mots.
On parle surtout, pour les surréalistes, d’écriture automatique. C'est un mode d'écriture dans lequel la conscience et la volonté ne doivent pas intervenir. Elle permet de s'émanciper de la pensée. Il faut donc écrire le plus rapidement possible, sans réfléchir, sans essayer de faire passer une morale ou de travailler l'esthétique du poème. Les règles grammaticales elles-mêmes ne doivent pas être pensées. Il faut donc être dans le "lâcher-prise". Le meilleur moment pour écrire est donc entre le sommeil et le réveil, un état presque hypnotique.

Au bord d'un bénitier de bore ardent
Sur la margelle des baisers
Sous les grands rideaux blancs ornés de cruauté
Nous perdons lentement nos visages de plâtre
Bain de révélateur

Louis Aragon

"Le ciel brûle", Le Mouvement perpétuel

1926

L'écriture automatique semble bien mise en action dans ce passage. Le poème peut paraître obscur. Le poète développe une image violente avec des termes comme "ardent", "cruauté". C'est le passé, la guerre. Mais le poète parle aussi de l'amour qui permet de sortir de la guerre ("baiser"). Le "nous" permet de lier poète et lecteur, il y a une idée de fraternité. Les "visages de plâtre" sont ceux de la norme, mais ils s'effacent. Il faut quitter le passé, il faut se réinventer.