Poèmes saturniensProfil d'œuvre

Poèmes saturniens

Paul Verlaine

1866

Poèmes saturniens est le premier recueil de poèmes de Paul Verlaine, publié en 1866. Cet ouvrage comprend une pièce liminaire, un prologue, vingt-cinq poèmes formant quatre chapitres ("Melancholia", "Eaux-Fortes", "Paysages tristes", "Caprices"), et douze autres poèmes avec enfin un épilogue. Verlaine assure avoir écrit ses poèmes au lycée alors qu'il a seize ans. On note l'influence de Leconte de Lisle et de ses disciples Parnassiens dans le recueil. C'est la perfection et la rigueur de la forme qui priment.

Les vers de Verlaine évitent de sombrer dans le lyrisme. Les poèmes sont souvent élégiaques. On peut relever que les poèmes "Nevermore", "Mon rêve familier" ou "Chanson d'automne" sont imprégnés de symbolisme. La nostalgie de l'amour et la rêverie sont les thèmes principaux et l'expression des sentiments domine. C'est la planète Saturne, surtout, qui a inspiré Verlaine. Il avoue les avoir écrits sous l'influence de cet astre. Il veut parler de ceux nés sous ce signe, qui ont "bonne part de malheur et bonne part de bile". La mélancolie est donc très présente.

I

Le titre de l'œuvre

A

La planète Saturne

Dans la tradition astrologique, les planètes joueraient un rôle sur nos existences. Dès leur naissance, elles influencent les hommes. Les planètes décident alors de la destinée des êtres. Elles rythment nos vies, elles nous sont favorables ou néfastes en fonction des périodes. La planète qui est la plus terrible est Saturne, l'astre des maladies. Elle contrôle l'humeur noire, la mélancolie. Elle est aussi symbole de mort. Verlaine se dit né sous son signe. Il reprend donc la tradition poétique de l'écrivain pour qui mélancolie et création artistique sont intrinsèquement liées.

B

Verlaine, le saturnien

En effet, dès le premier poème du recueil "Les Sages d'autrefois", Verlaine affirme être de "ceux-là qui sont nés sous le signe Saturne". Il est donc victime d'une "influence maligne". Verlaine a connu plusieurs tragédies dans sa vie : son père meurt en 1865, sa cousine, qu'il aimait beaucoup, en 1867. Il se met à boire beaucoup pour pallier son chagrin et devient alors dépendant à l'absinthe.
L'alcool le rend parfois violent. Il cherche alors du réconfort dans la religion mais se dit tiraillé entre Dieu et Satan. Il parle donc des angoisses qui l'animent dans ses poèmes saturniens. Il utilise l'anxiété dont il ne peut se libérer pour créer.

II

La structure du recueil

A

La composition

Il existe une symétrie entre le prologue et l'épilogue. Celle-ci est inspirée de l'ouvrage Philoména de Catulle Mendès. La division des poèmes en différentes sections rappelle par contre Les Fleurs du Mal de Baudelaire. Il existe donc une "architecture secrète". La dernière partie avec les douze poèmes ne semble répondre à aucun projet précis. Mais les derniers textes viennent après la partie "Caprices", c'est un peu comme si le poète renonçait à suivre des lois. Ce n'est plus la composition qui prime alors, mais l'inspiration.
On peut toutefois penser que Verlaine n'a pas réussi à faire de son recueil un livre totalement cohérent. Les derniers textes ont pu être ajoutés pour augmenter le nombre de pages.

B

Le travail métrique

Verlaine utilise beaucoup le vers impair, qui était très en vogue au XVIe siècle mais pas à l'époque du poète. Les vers de sept, neuf, onze et treize syllabes priment dans sa poésie. Il alterne parfois des vers de longueurs différentes, mais ses poèmes suivent une métrique parfaitement régulière.
Dans ce recueil, Verlaine utilise surtout des vers impairs de cinq et sept syllabes. Le travail sur la métrique se veut en rupture avec la composition classique. La césure est souvent déplacée. Verlaine aime particulièrement l'enjambement sur plusieurs vers.

III

La mélancolie

A

Le spleen

Verlaine fait de Saturne la planète des mélancoliques par excellence. Le mot "mélancolie" n'apparaît pas dans le poème, ni même celui de "spleen" très souvent attaché à Baudelaire. Toutefois, le poète choisit "Melancholia" pour désigner la première section de son recueil. Les Saturniens, dont Verlaine fait partie, symbolisent une communauté ; d'ailleurs, on trouve le pronom personnel "nous" dans le poème. Verlaine dit qu'ils subissent l'influence de la "fauve planète". Les Saturniens sont des êtres tristes, profondément mélancoliques, qui vivent perpétuellement dans un état de chagrin.

B

"Mon rêve familier" : l'idéal féminin

L'amour est un sujet très abordé dans les poèmes. Il est souvent malheureux, puisqu'il est marqué par le rêve. En effet, le poète rêve d'une femme idéale qui, forcément, n'existe pas. Dans "Mon rêve familier", il évoque ainsi cette femme mystérieuse et inconnue mais aimée. Elle est la seule, l'unique, qui comprend et console en aimant éperdument. L'union de la femme et du poète correspond à un amour unique et parfaitement réciproque.
Mais cette femme n'existe pas. Elle est trop belle, trop parfaite, comme une statue. Le poète regrette de ne pas pouvoir vivre cet amour idéal. Cela le plonge dans une grande mélancolie. La vie ne vaut pas le rêve.

C

La fuite du temps

L'autre raison pour laquelle le poète est plongé dans l'angoisse est la fuite du temps. Le souvenir hante, il ne peut jamais être revécu. L'heure sonne, constamment. Les minutes s'envolent. Le poète est brisé par la souffrance, celle de ne pouvoir arrêter le temps, de ne pouvoir revenir en arrière. L'horloge provoque ainsi la mélancolie et la douleur. Verlaine évoque souvent les saisons qui passent. L'Homme doit se résoudre à sa condition. On ne peut lutter contre la nature, tout comme on ne peut lutter contre Saturne. Verlaine est persuadé qu'une fin tragique l'attend, puisqu'il est une victime du temps et de l'astre mélancolique au-dessus de lui. Le poète vit donc dans l'angoisse de la mort et la certitude d'une tragédie à venir.