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Phèdre Profil d'œuvre

Phèdre

Jean Racine

1677

Phèdre, épouse de Thésée, aime en secret Hippolyte, fils de Thésée. Son mari est considéré mort. Hippolyte veut partir, car il est amoureux d'Aricie, une prisonnière qui appartient à un clan ennemi. Phèdre avoue à sa suivante, Œnone, sa passion pour son beau-fils. Celle-ci la pousse à révéler ses sentiments, puisqu'elle est veuve à présent.

Puisque Thésée est mort, Hippolyte offre à Aricie de lui rendre le trône et lui déclare sa flamme. Phèdre avoue juste après son amour au jeune homme. Horrifié par cet aveu, il repousse Phèdre et décide de partir. Phèdre est anéantie, elle décide de quitter le royaume et de laisser son beau-fils au pouvoir.

C'est alors que l'on apprend que Thésée est vivant. Il est triste de l'accueil que lui réserve sa femme, et ne comprend pas pourquoi son fils part. Œnone ment à Thésée, elle fait croire qu'Hippolyte aime Phèdre et a tenté de s'imposer à elle. La reine ne dément pas, car elle a appris que son beau-fils aime une autre femme, et elle est folle de jalousie. Hippolyte et Thésée s'affrontent et le jeune homme tente de prouver qu'il aime Aricie et non Phèdre, mais il est chassé par son père.

Hippolyte demande à Aricie de partir avec lui. Elle accepte, mais Thésée arrive et accuse son fils d'être volage. Aricie, qui connaît la vérité, dit à Thésée qu'il n'a rien compris. Le roi interroge alors Œnone, mais elle s'est suicidée. Un messager arrive et apprend à Thésée qu'Hippolyte vient d'être tué par Neptune, en mer. Phèdre avoue enfin la vérité, prend du poison et meurt.

I

Une tragédie classique

A

La règle des trois unités

La pièce de Racine est résolument classique, et obéit donc à la "règle des trois unités" :

  • Unité d'action : il y a une intrigue principale, l'amour incestueux de Phèdre pour son beau-fils. Toutes les intrigues secondaires sont liées à la première.
  • Unité de lieu : toute l'action se déroule à Trézène.
  • Unité de temps : l'action se déroule sur une journée.

Dans cette tragédie, les règles classiques sont bien utilisées au service de l'action. En effet, cela crée une forme d'urgence, et ajoute à l'intensité dramatique. En une journée, tous les secrets sont mis à jour, et tous les personnages voient leur destin se réaliser (la plupart d'entre eux meurent).

B

La forme et la vraisemblance

Formellement, la pièce obéit également aux règles classiques. C'est une tragédie en cinq actes, écrite en alexandrins avec des rimes essentiellement plates.
Les règles de vraisemblance et de bienséance sont aussi respectées. Racine traite de personnages qui sont presque tous princiers, ils ont donc un rang noble. Ils agissent toujours en accord avec leur position. La servante Œnone par exemple est entièrement dévouée à sa maîtresse Phèdre, et elle va jusqu'à se tuer pour elle. Hippolyte est un jeune homme brave et courageux, Thésée un roi fort et guerrier, et Aricie une belle jeune femme chaste. Les passages les plus terribles de la pièce sont suggérés : Racine n'utilise pas des descriptions explicites pour parler de la passion incestueuse de Phèdre ou de la mort violente d'Hippolyte. Il faut respecter la morale. De plus, aucune mort n'a lieu sur scène, elles sont toutes rapportées : dans le théâtre classique, on ne meurt pas sur scène.

II

Le tragique

A

L'histoire

L'amour est au cœur de la tragédie dans la grande majorité des pièces de Racine. L'amour contrarié est un thème récurrent. Ici, le couple idéal est celui formé par Hippolyte et Aricie, deux jeunes gens beaux, nobles et amoureux. Mais ils appartiennent à des clans ennemis, leur amour ne peut pas être. À cet amour pur et tragique s'oppose la passion incestueuse de Phèdre pour son beau-fils, qui provoque le déchirement entre Thésée et Hippolyte, et la mort de quatre personnages.
La fausse mort de Thésée est ce qui pousse Phèdre à révéler ses sentiments. Une fois qu'elle a parlé, il n'est plus possible de revenir en arrière. Si Thésée n'avait pas été cru mort, jamais Phèdre n'aurait avoué son amour, car elle n'est pas une femme infidèle. L'aveu est l'élément déclencheur de la tragédie.

B

La fatalité

Les personnages sont dépassés par la fatalité, c'est-à-dire que les dieux contrôlent leur destinée, qu'ils n'ont pas le choix de ce qu'ils ressentent. Ainsi, Phèdre ne cesse de parler de Vénus, déesse de l'amour, qui est responsable de sa passion. Elle dit ainsi : "Vénus tout entière à sa proie attachée." Il s'agit d'une malédiction héréditaire. En effet, elle paie pour les crimes de sa mère.
Plusieurs références aux dieux dans la pièce soulignent la fatalité. Mais les spectateurs connaissent aussi l'histoire, puisqu'elle est issue de la mythologie. On sait donc déjà qu'il n'y a pas d'issue, pas de fin heureuse. Toutes les tentatives des personnages pour échapper à leur destin (Phèdre et Hippolyte préparent leur fuite à de nombreuses reprises) sont vouées à l'échec.

III

Le vice et la vertu

A

La passion amoureuse

Racine met en scène la passion amoureuse pour mieux mettre en garde contre ses affres. Phèdre parle des "feux" qui la brûlent. Son amour pour Hippolyte n'est pas pur, c'est un amour charnel, elle le désire, elle le veut. Elle parle, à demi-mots, de son corps, de sa jeunesse. Phèdre est torturée par ses sentiments.
Sa passion la consume. Elle en parle comme d'une maladie, elle dit que cet amour est un poison, qu'elle devient folle. Le poison qu'elle boit effectivement à la fin en est la preuve, cette passion la conduit à la mort. De plus, animée par cette passion, Phèdre est capable du pire. Elle laisse Hippolyte être accusé de quelque chose qu'il n'a pas fait. La passion amoureuse est donc mauvaise et entraîne des actes criminels.

B

La culpabilité de Phèdre

Racine, toutefois, n'écrit pas des personnages uniquement bons ou mauvais. Ils doivent tous être "ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocent". Ainsi, Phèdre semble subir cette passion qu'elle n'a pas choisie. Elle est obsédée par son amour, mais aussi par sa culpabilité. Elle ne parle jamais d'Hippolyte sans souligner sa propre haine envers elle-même. Elle se croit souillée, elle regrette sa pureté perdue. Phèdre est une femme en quête d'absolu, en quête d'innocence. Si elle aime son beau-fils, c'est parce qu'il symbolise cette innocence, cette pureté. C'est un jeune homme qui ne s'intéresse pas aux femmes (au début de la pièce, c'est ce qu'elle croit). Elle rêve d'un amour innocent. Sa fureur s'éveille quand elle comprend qu'il aime Aricie. Phèdre peut souffrir qu'il ne l'aime pas, qu'il reste pur, mais pas qu'il en aime une autre.

Venge-toi, punis-moi d'un odieux amour ;
Digne fils du héros qui t'a donné le jour,
Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.
La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !
Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper.
Voilà mon cœur : c'est là que ta main doit frapper.
Impatient déjà d'expier son offense,
Au-devant de ton bras je le sens qui s'avance.
Frappe. Ou si tu le crois indigne de tes coups,
Si ta haine m'envie un supplice si doux,
Ou si d'un sang trop vil ta main serait trempée,
Au défaut de ton bras prête-moi ton épée.
Donne.

Jean Racine

Phèdre, Acte II, scène 5

1677