Les GommesProfil d'œuvre

Les Gommes

Alain Robbe-Grillet

1953

Le matin, un patron de café nettoie son commerce avec son employée Jeannette. Antoine, un client, apparaît et parle du meurtre d'Albert Dupont. Le patron lui révèle que c'est Daniel Dupont qui a été agressé, et qu'il n'est que légèrement blessé. C'est Garinati qui est l'assassin. Mais il a oublié d'éteindre la lumière avant de tuer Daniel Dupont, alors que son patron Bona le lui avait conseillé. Dupont l'a vu et a pu fuir. Il est seulement touché au bras par une balle. Il demande à son médecin de lui faire un certificat de décès pour ne pas être attaqué de nouveau. Les journaux annoncent donc sa mort. Dupont est membre d'un groupe. Chaque jour depuis neuf jours, entre dix-neuf et vingt heures, un membre du groupe est assassiné.

Le commissaire Laurent est chargé d'enquêter sur le meurtre de Dupont. Mais l'absence de corps rend l'enquête difficile. Pendant ce temps, Garinati remet la faute de l'assassinat raté sur Bona. Ce dernier mentionne un certain Wallas, le policier chargé de travailler sur l'enquête. Il est étonné quand il apprend que la police a déjà emporté le corps de la victime. Le commissaire Laurent suspecte Wallas et constate qu'il manque une balle dans le chargeur de son arme. Le médecin Juard donne au commissaire la balle extraite du corps de Daniel Dupont. Wallas va chez Dupont et parle à la gouvernante Anna Smite. Elle lui dit que Dupont était à peine blessé, elle pense que c'est le médecin qui l'a tué.

Bona trouve que Garinati est devenu nerveux. Ils appartiennent tous deux au groupe "l'Organisation". Garinati part à la recherche de Wallas et se met à le filer (la filature dure tout le roman). De son côté, Wallas interroge un ivrogne qui assure avoir rencontré un homme en imperméable. Le patron du café croit que Wallas est le tueur. Ce dernier ne cesse d'acheter des gommes mais il n'est jamais satisfait par son achat. Le commissaire Laurent pense que Dupont a maquillé son suicide en assassinat. Il reçoit la visite d'un certain Adolfe Marchat qui assure être la prochaine cible. Il raconte qu'il a entendu les derniers mots de Dupont. Il doit récupérer chez lui des dossiers à remettre à un politicien. Il pense être tué en récupérant ces documents. Le commissaire ne croit pas son histoire.

À la poste, on prend Wallas pour un autre et on lui donne une lettre. Il se rend compte qu'on le prend pour l'assassin. Il porte la lettre à Laurent. Wallas va questionner la femme de Daniel Dupont. L'enquête n'avance pas, Wallas et Laurent se perdent en hypothèses et fausses pistes, ce qui fait que Wallas est de plus en plus souvent confondu avec le tueur. Wallas apprend que Dupont avait un fils d'une autre femme. Il pourrait être impliqué dans le meurtre. Mais finalement la suite de l'enquête semble prouver que le jeune homme n'est pas un danger.

Le commissaire Laurent reçoit une carte postale, avec une photo de la maison de Dupont. Quelqu'un a écrit dessus : "Rendez-vous à 19h30". Wallas a acheté une carte postale similaire. Les deux hommes discutent, puis Wallas va de nouveau acheter une gomme. Il se souvient de la marque qu'il veut, mais le marchand n'en a plus. Wallas commence à avoir des souvenirs, il a l'impression d'être déjà venu ici, de connaître la ville.

Wallas va chez Dupont, il remet le revolver dans la chambre, imagine où le tueur aurait pu se mettre. Laurent quant à lui comprend que Daniel Dupont n'est pas mort. Ce dernier se prépare à quitter l'hôpital. Marchat ne lui a pas apporté les documents. Il retourne donc chez lui. Comme il n'est pas rassuré, il prend son revolver, celui que Wallas a justement remis quelques heures plus tôt. Il entre dans son bureau, où il y a Wallas, et le menace de son arme, croyant qu'il s'agit de l'assassin. Wallas est plus rapide, tire et croit l'avoir tué. Laurent lui apprend trop tard que c'est Daniel Dupont. Wallas se rend compte que Dupont est son propre père. Il se rappelait qu'il était déjà venu dans cette ville pour voir un parent. Garinati voit le corps de Daniel Dupont à l'hôpital. Il est rassuré, il pense ne pas avoir raté sa cible. Wallas reprendra son ancien poste.

I

Le Nouveau Roman

Le titre Les Gommes fait référence aux gommes que Wallas ne cesse d'acheter, mais aussi au Nouveau Roman. En effet, Alain Robbe-Grillet fait partie de ce nouveau courant littéraire, qui cherche à "gommer" les caractéristiques du roman traditionnel. Dans le roman, Wallas est en quête d'une gomme idéale. On ne sait pas beaucoup de choses sur cette gomme, et il n'arrive pas à la trouver.
Ce livre répond à plusieurs exigences du Nouveau Roman : il n'y a pas de suspense, il n'y a pas de psychologie des personnages, l'histoire est assez floue, on ne comprend pas tout, le style est sobre et simple.

II

Une journée d'enquête

L'histoire se déroule en vingt-quatre heures, comme dans une tragédie. Mais l'espace-temps est assez mystérieux dans le roman. L'enquête semble ne pas vraiment exister, tout comme le meurtre. Wallas ne cesse d'être confondu avec l'assassin, et finalement c'est lui qui tue vraiment Dupont.
La montre de Wallas s'arrête à sept heures trente, heure qui correspond au moment du crime. Elle se remet en route à la même heure le lendemain. Le temps est comme suspendu ou décalé. Il est difficile de suivre une vraie chronologie des événements.

III

L'importance des objets

L'auteur accorde une place très importante aux objets. Les gommes sont un symbole de cette importance. Elles donnent son titre au roman, et l'enquête concerne autant la recherche du tueur que celle de la gomme idéale. On trouve des descriptions très précises de l'objet dans le roman.
Les personnages sont finalement moins décrits que les objets. L'auteur ne révèle ni leurs pensées, ni leurs émotions. On connaît leurs noms mais il y a assez peu de descriptions physiques.

IV

Une réécriture du mythe d'Œdipe

Le roman est une réécriture du mythe d'Œdipe. À la fin du roman, Wallas réalise que Dupont est son père. Il vient de le tuer. Dans le roman, il se souvient de certaines scènes de son passé, qui sont comme des avertissements.
Wallas cherche le nom d'une marque de gomme. Il ne se souvient que de "Œ". En fait, c'est le nom "Œdipe". La structure du récit rappelle également la tragédie de Sophocle. Le roman se découpe en un prologue, cinq chapitres, et un épilogue. L'histoire se déroule en une seule journée. Lors d'une scène, un ivrogne tente de raconter une "devinette". Il s'agit de l'énigme du Sphinx de Thèbes.