Les Diaboliques Profil d'œuvre

Les Diaboliques

Jules Barbey d'Aurevilly

1874

Les Diaboliques est un recueil de six nouvelles. Les histoires sont emboîtées les unes dans les autres. La première s'intitule "Le Rideau cramoisi". Une diligence et ses voyageurs sont immobilisés. L'un des passagers est le vicomte de Brassard. De la fenêtre de la diligence, il voit un rideau cramoisi. Il raconte alors à son voisin le souvenir que cette vision réveille. Lorsqu'il était jeune sous-lieutenant, il logeait chez un couple. Il rencontre un jour leur fille, Alberte, qui est d'une rare beauté. Elle paraît inaccessible. Un soir, Alberte pose sa main sur la sienne au cours du dîner. À partir de ce moment, la pensée d'Alberte obsède le vicomte. Il cherche un moyen de la voir seule. Il lui fait parvenir un billet auquel elle ne répond pas. Il reste alors à se morfondre dans sa chambre, où il y a un rideau cramoisi. Un mois plus tard, Alberte apparaît dans sa chambre.

La seconde nouvelle s'intitule "Le Plus bel amour de Don Juan". Un narrateur parle du comte Ravila de Ravilès, et du dîner que lui préparèrent un soir ses anciennes maîtresses. La duchesse à qui il raconte cette histoire demande au narrateur de parler de sa plus impressionnante conquête.

La troisième nouvelle s'intitule "Le Bonheur dans le crime". Le narrateur se promène avec le docteur Torty au Jardin des Plantes. Le narrateur est intrigué par le couple que forment le comte Serlon de Savigny et sa femme. Le docteur raconte alors leur histoire. Le comte était amoureux de mademoiselle Hauteclaire Stassin, et elle l'aimait aussi. Les deux amants prévoient alors de se débarrasser de l'épouse du comte pour rester ensemble. La jeune femme devient servante au château et empoisonne la comtesse. Le couple n'éprouve ensuite aucune culpabilité.

La quatrième nouvelle s'intitule "Le Dessous de cartes d'une partie de whist". Le début se situe chez la baronne de Mascrany. Un personnage raconte une partie de whist chez madame de Beaumont, qu'un parent lui a rapportée. Un joueur anglais, Hartford, était arrivé avec un ami écossais, Marmor de Karkoël. Il est très doué au jeu et fait perdre à la comtesse son argent. On apprend qu'il a vécu sur les îles Shetland, qu'il s'est battu aux Indes. Mais il reste mystérieux, tout comme la comtesse. Le narrateur insiste sur l'indifférence et le silence des deux personnages. La nouvelle devient presque fantastique. Lors d'une partie de whist, la comtesse est à la table de jeu avec sa fille, qui ne cesse de tousser. Le narrateur raconte que Karkoël a une bague avec un poison des Indes à l'intérieur. Retour au premier récit, dans le salon de la baronne de Mascrany tout le monde retient son souffle. Il y a ensuite un bond dans le temps. On apprend que la fille de Mme de Stasseville est morte, que Karkoël est repartie et que Mme de Stasseville est décédée de la même maladie que sa fille. Apparemment, Karkoël entretenait une relation avec les deux femmes. Dans le jardin de Mme de Stasseville, on aurait retrouvé le corps d'un enfant. Le narrateur termine là son histoire, tout le monde semble avoir apprécié.

La cinquième nouvelle s'intitule "À un dîner d'athées". D'anciens révolutionnaires se sont réunis, et un des personnages fait remarquer qu'il a vu le soldat Mesnilgrand à l'église. Ce dernier raconte son histoire pour se justifier. Il a eu une liaison avec Rosalba, la femme d'un autre soldat, le major Ydow. Elle est tombée enceinte, et l'enfant est mort peu après sa naissance. Ydow voulait enterrer l'enfant, mais apprenant que ce n'était pas le sien, il l'a abandonné dans la poussière. Mesnilgrand a récupéré le corps et veut le confier à l'église.

La dernière nouvelle s'intitule "La Vengeance d'une femme". Tressignies, un jeune homme, se promène dans les rues de Paris et remarque une très belle prostituée. Il la suit. Le visage de la jeune femme lui rappelle quelque chose, mais il pense qu'il se trompe. En vérité, il a raison, la prostituée est la duchesse de Sierra-Leone. Elle se prostitue par vengeance. Elle était amoureuse du cousin de son mari. Elle avait demandé à ce dernier d'éloigner son cousin, par crainte de lui succomber. Mais son mari s'était moqué d'elle. Elle avait donc entretenu une relation amoureuse platonique avec le cousin. Mais le duc, en l'apprenant, fait tuer l'amant. Il force sa femme à regarder les chiens dévorer son cœur. La duchesse se bat avec eux pour le manger elle-même. Comme son mari n'a pas voulu lui laisser le cœur de son amant, elle se venge en se prostituant, car elle sait que son honneur compte pour son époux. Elle espère mourir d'une horrible maladie.

I

Des nouvelles mystérieuses

Les nouvelles du recueil sont très mystérieuses. Le titre même du recueil pose question. Qui est diabolique ? À quoi se rapporte ce titre ? Les nouvelles sont toujours brèves. Le lecteur n'accède jamais aux pensées des personnages, à part dans "La Vengeance d'une femme". Il ne comprend donc pas toujours les motivations des personnages, ce qui rend les histoires d'autant plus énigmatiques.
Les chutes des histoires sont souvent courtes et inattendues. Le lecteur est toujours très surpris. Il y a de nombreux non-dits. Le sens des histoires n'est jamais clairement livré.

II

La fascination pour le Mal

La plupart des oeuvres tournent autour de la notion de Mal. Cela pourrait d'ailleurs justifier le titre. Les personnages dans les nouvelles font des choses amorales. Il y a l'amour hors mariage, l'empoisonnement, le meurtre, la prostitution, l'adultère... Barbey d'Aurevilly plonge le lecteur dans des histoires scabreuses et étonnantes. Toutefois, il ne semble pas porter de jugement sur ses personnages. Au contraire, les narrateurs paraissent souvent fascinés par les actions mauvaises ou mystérieuses des autres protagonistes. Ainsi, dans "Le Dessous de cartes d'une partie de whist", le narrateur jubile lorsque ceux à qui ils racontent son histoire sont suspendus à ses lèvres, impatients de savoir si l'Écossais empoisonne bien les femmes ou non. Dans "Le Bonheur dans le crime", le couple coupable de meurtre ne ressent aucune culpabilité.

III

La construction du recueil

Les Diaboliques se présentent sous forme de chroniques. Il y a plusieurs narrateurs qui racontent ces histoires sous forme d'anecdotes, de témoignages ou encore de souvenirs. En général, les histoires sont racontées au détour d'une conversation.
Les narrateurs et ceux qui les écoûtent sont importants dans les nouvelles, particulièrement dans "Le Dessous de cartes d'une partie de whist". Il y a une mise en abyme. Ceux qui écoûtent le narrateur sont suspendus à ses lèvres. Le lecteur est donc plongé dans une œuvre complexe, où il y a une succession d'histoires enchâssées les unes sur les autres.

IV

Les personnages féminins : les diaboliques

Les personnages féminins dominent le recueil. Il est possible que le titre les qualifie, comme si elles étaient toutes "diaboliques". Dans "Le Rideau cramoisi", Alberte est une très jeune fille en apparence douce et gentille, qui excelle dans l'art de la dissimulation. Elle se livre à des relations sexuelles hors mariage avec le narrateur, à une époque où cela est très mal perçu pour une jeune fille de son rang.
Dans "Le Bonheur dans le crime", Hauteclaire est aussi une belle jeune femme. Elle est comparée à un animal dangereux, une panthère noire, et elle n'hésitera pas à tuer. La comtesse du Tremblay de Stasseville dans "Le Dessous de cartes d'une partie de whist" est une femme qui semble avoir livré son âme au diable. C'est une femme froide et calculatrice. On peut également citer la duchesse d'Arcos de Sierra Leone dans "La Vengeance d'une femme" qui se livre à la prostitution par vengeance, et aurait aimé dévorer le cœur de son amant.