Ubu roi Profil d'œuvre

Ubu roi

Alfred Jarry

1896

Le père Ubu, ancien roi d'Aragon, est maintenant capitaine de dragons et officier de confiance du roi de Pologne Venceslas. Sa femme veut devenir reine. Elle pousse son époux à prendre le pouvoir. Le père Ubu se laisse convaincre. Il fomente une conspiration avec le capitaine Bordure. La reine a un rêve prémonitoire et tente de dissuader le roi de se rendre à la revue de l'armée. Mais Venceslas y va avec ses fils. Il laisse le troisième Bougrelas chez lui, car il a insulté Ubu. Il est donc puni.
Pendant la revue, Ubu et Bordure tuent le roi et ses fils. La reine et Bougrelas fuient. La reine meurt de chagrin. Ubu accède au trône. Il est cruel et cupide. Il fait tuer beaucoup de gens. Il crée de nouveaux impôts. Il emprisonne Bordure. Ce dernier s'échappe et va chercher l'aide du tsar de Russie Alexis.
Le tsar envoie son armée. Ubu part à la guerre et la mère Ubu tente de voler le trésor des rois de Pologne. Bougrelas la chasse du pouvoir. La mère et le père Ubu se retrouvent dans une caverne. Ils sont encerclés par l'armée. Ils partent sur un bateau en direction de la France.

I

Une pièce moderne

Jarry publie Ubu roi en juin 1896. Il est alors secrétaire du théâtre de l'Œuvre, où la pièce est montée. Celle-ci remet en cause les règles classiques. Elle s'ouvre sur le mot "merdre" qui scandalise l'opinion. Pendant les représentations, critiques et spectateurs se battent. Jarry connaît la gloire.
Le dramaturge théorise les principes théâtraux qu'il utilise dans Ubu roi dans un article, "De l'inutilité du théâtre au théâtre", qui paraît en septembre 1896. Il explique que le théâtre ne doit pas chercher à imiter le réel. Le décor doit être intemporel et le personnage doit être une synthèse de caractères. Ce qu'il aimerait, c'est un acteur-marionnette, portant un masque, qui serait une sorte d'homme universel. La psychologie ne l'intéresse pas, il veut montrer seulement les violentes passions sans les expliquer. Il s'intéresse à l'ambition, la cupidité, la lâcheté. Jarry ouvre la voie au théâtre moderne.

II

Le genre de la pièce

A

Le symbolisme

Ubu roi est marqué par le mouvement symboliste. Ce mouvement a connu son apogée entre 1886 et 1900. Il se situe après le romantisme. C'est un mouvement qui s'oppose au naturalisme. Il repose, comme son nom l'indique, sur le symbole. Le rêve est souvent utilisé, et il s'oppose au réel. Le théâtre symboliste impose certaines règles. Il faut réciter plutôt que montrer l'action, la diction des acteurs doit être impersonnelle, le ton monotone. Les comédiens sont souvent figés, les éclairages les montrent très pâles.
Jarry rejette les artifices dans le décor ou dans l'intrigue. Ubu roi est symboliste par l'irréalisme des décors, de l'intrigue et des personnages. L'histoire ne se situe pas dans l'Histoire. Mais il ajoute d'autres éléments au genre, comme le langage grossier et la farce.

B

Le surréalisme

La pièce se situe ainsi à la frontière entre le symbolisme et le surréalisme. Le surréalisme s’intéresse à l’inconscient, c'est l'écriture automatique qui domine. Il s'agit de donner la parole à l'inconscient. Des auteurs comme Breton, Artaud, Vitrac, qui sont des surréalistes, considèrent Alfred Jarry comme un de leurs maîtres.
Jarry radicalise le théâtre. Il se réfère au théâtre de marionnettes. Il semble préférer l'illusion totale à l'humain. Il expérimente de nouvelles choses. L’inconscient s’exprime bien dans l’écriture.

III

Les héros

A

Le père Ubu

Physiquement, Ubu a été dessiné par Jarry. Il est trapu, il a un gros ventre. C'est un homme ridicule. Il porte un grand couvre-chef conique. Il tient une sphère et un bâton, qui est peut-être son sceptre de roi. Ubu représente l'anti-théâtre. C'est un anti-personnage. Il n'a pas de psychologie, pas de morale. C'est un symbole, un être excessif.
C'est un homme vulgaire et scatologique (c'est lui qui ouvre la pièce avec "Merdre !"). Il est violent, grossier, et terriblement bête. Il est aussi avare et lâche. Il est prêt à tuer le roi de Pologne simplement pour "manger fort souvent de l'andouille et rouler en carrosse par les rues". Il représente la tyrannie même. C'est un personnage ridicule et grotesque, mais aussi terrifiant à cause des ses actions.

B

La mère Ubu

La Mère Ubu est représentée vêtue d'un costume de concierge et coiffée d'un bonnet rose ou un chapeau à fleurs. Elle est aussi grossière que son mari, elle dit souvent "Merdre !", "Vrout" ou encore "Grosse merdre !". Mais elle est moins idiote que son mari, formant le projet de prendre le pouvoir. Elle est machiavélique et sait fomenter des complots.
Elle ne cesse de donner des conseils à son époux sur la meilleure façon de monter sur le trône et le pousse au meurtre. Elle symbolise l'ambition humaine, la femme prête à tout pour obtenir ce qu'elle veut. On la compare souvent à Lady Macbeth, femme de Macbeth dans la pièce éponyme de Shakespeare. Elle est le mal en chacun de nous.