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La Modification Profil d'œuvre

La Modification

Michel Butor

1957

Divisé en trois parties, le roman narre le voyage de Léon Delmont pour rejoindre sa maîtresse Cécile à Rome. Le héros a quarante ans, il est père de quatre enfants et vit à Paris. Il est fatigué de sa routine quotidienne, malheureux dans son mariage. Il est décidé à quitter son épouse. Il espère pouvoir convaincre Cécile de vivre avec lui en France. Mais pendant le voyage, une "modification" s'opère.
L'action du roman se déroule pendant le trajet. On suit le cheminement de pensée de Léon Delmont, ses réflexions et ses décisions. Au fur et à mesure du trajet, elles changent. Il se souvient de son mariage, des bons moments. Il remet tout en cause. Au final, en arrivant à Rome, il décide de ne pas voir sa maîtresse et de rentrer à Paris.

I

Un héros de Nouveau Roman

L'auteur utilise le pronom "vous" pour parler de son héros. Le personnage principal est ainsi mis sur le même plan que le lecteur. On a l'impression que le narrateur s'adresse à nous.
Les informations sont données petit à petit. On parle de "votre valise", et l'on comprend que l'homme voyage. Il y a quelques détails physiques, comme sur la couleur grisonnante des cheveux, qui permettent de penser que le protagoniste n'est plus tout jeune. On apprend qu'il est marié, a des enfants, une maîtresse. Toutefois, on a le sentiment que le personnage principal est mis au second plan. On comprend qu'il se sent fatigué, lasse. Ce sont les sensations qui priment. Le narrateur laisse souvent le soin au lecteur de comprendre par lui-même la situation du héros. Ce dernier reste très anonyme, il pourrait être n'importe quel homme.

II

Les références mythologiques

Il y a plusieurs références mythologiques dans le roman. Tout d'abord, c'est le mythe d'Énée qui est repris. Comme Énée, Léon fait un voyage initiatique. Le voyage de Léon est comparé à celui d'Énée, mais de façon ironique, puisque le voyage du héros grec est noble, pas celui de Léon qui va trahir sa femme. Énée cherche à découvrir le pays des morts pour s'assurer des descendants, Léon fuit sa famille.
Le Jugement dernier est aussi utilisé. Léon évoque Charon, l'homme qui fait passer les humains du monde des vivants au monde des morts sur sa barque. Le vieil homme devient Léon, qui voyage, et le train devient la barque.
Les références mythologiques permettent à Léon de fuir sa conscience. En se comparant à des héros mythiques il oublie que son propre dessein est assez ridicule et pathétique.

III

L'incipit

A

Une plongée au cœur du récit

L'incipit du roman est célèbre et permet une plongée dans le Nouveau Roman. Ce ne sont pas les détails physiques mais les sensations physiques qui priment. L'auteur utilise surtout le passé composé et le présent, les actions sont courtes, elles semblent se dérouler en même temps que le lecteur lit.
Le thème du voyage s'apparente à celui de la lecture. Le voyage en train est une métaphore de la lecture. C'est une façon de s'échapper. L'auteur rappelle ici qu'il va essayer de renouveler le genre du roman, qu'il va fuir les règles habituelles. Il invite ainsi le lecteur à un nouveau voyage, une nouvelle expérience, un nouveau genre, tout en le plaçant au cœur d'une action fort mystérieuse.

B

Un anti-héros

Le protagoniste principal n'est pas un héros de littérature habituel. Il est qualifié par sa banalité, sa faiblesse. C'est un homme d'âge moyen, qui manque d'assurance. L'auteur recourt ici à la parataxe (nombreuses virgules) pour montrer que le personnage doit faire des efforts pour porter sa valise, monter dans le train, marcher. C'est un héros en souffrance.
Le déplacement maladroit du héros est une sorte d'avertissement : sa décision de quitter sa femme est tout aussi maladroite, peu sûre, peu réfléchie.
Par ailleurs, les précisions données sur le personnage ne permettent pas l'identification avec lui puisque le lecteur ignore beaucoup de choses. C'est un héros anonyme, étrange, différent. Il n'a pas de nom tout de suite, il n'est pas héroïque. C'est un anti-héros.