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Combat de nègres et de chiens Profil d'œuvre

Combat de nègre et de chiens

Bernard-Marie Koltès

1983

La pièce se déroule dans un pays d'Afrique de l'Ouest, sur un chantier de travaux publics d'une entreprise étrangère. Alboury est un homme noir qui a été introduit dans la cité où vivent les Blancs. Il vient réclamer le corps de son frère, qui serait mort dans un accident de travail. En vérité, il a été tué d'un coup de revolver par l'ingénieur Cal. Alboury arrive en même temps que Léone. Elle vient épouser Horn, le chef du chantier. Cal est étonné qu'elle puisse se marier avec un tel homme. Il tente de la séduire, alors que Horn essaie de négocier avec Alboury.
Mais ce dernier refuse de partir sans obtenir la vérité. Il reste sur les lieux obstinément. Il rencontre ainsi Léone à plusieurs reprises. La jeune femme tombe amoureuse de lui et lui déclare son amour. Elle lui conseille d'accepter l'argent qu'on lui propose. Alboury lui crache au visage. Horn et Cal prévoient alors de l'assassiner. Mais c'est Cal qui est tué par les sentinelles noires qui montent la garde autour de la cité. Léone quant à elle rentre à Paris après s'être scarifié le visage.

I

Le mystère

Pour ma part, j’ai seulement envie de raconter bien, un jour, avec les mots les plus simples, la chose la plus importante que je connaisse et qui soit racontable, un désir, une émotion, un lieu, de la lumière et des bruits, n’importe quoi qui soit un bout de notre monde et qui appartienne à tous.

Bernard-Marie Koltès

Toutes les pièces de Koltès mettent en scène une histoire qui s'inscrit dans le monde contemporain. Il y a toujours une situation initiale, puis une progression avant le dénouement. Ce retour apparent au classicisme n'empêche pas son œuvre d'être très moderne.
On sait d'abord très peu de choses sur les personnages. Qui sont-ils, d'où viennent-ils ? Le héros de Combat de nègres et de chiens est fort mystérieux. Souvent, l'auteur leur prête de longs monologues où ils tentent de s'expliquer, mais finalement cela ne fait que souligner leur étrangeté, leur caractère presque anonyme. On ne sait jamais quels sont leurs véritables objectifs. Koltès pose de nombreuses questions mais répond rarement aux interrogations qu'ils soulèvent. L'apparente forme classique cache ainsi des personnages plus facilement liés au Nouveau Roman qu'à un autre genre.

II

Le théâtre de Koltès

Koltès aborde souvent les mêmes thèmes, et particulièrement la tragédie de la solitude et de la mort. Son théâtre rappelle celui de l'absurde. Les personnages se sentent souvent exilés. Koltès revendique néanmoins des racines classiques comme Marivaux, ou encore le théâtre élisabéthain de Shakespeare. Il se dit aussi influencé par Rimbaud et Claudel. Ce qui l'intéresse surtout, c'est la communion qui se crée avec le spectateur lors de la représentation.
Koltès s'intéresse à la révolte. Il a vécu en Afrique, et dénonce la culture africaine écrasée par les Européens. C'est le sujet même de Combat de nègre et de chiens, où les Noirs sont traités comme des esclaves par les Blancs. Il s'insurge contre un monde qui rejette toutes les différences, et où les plus forts assoient leur pouvoir. Un homme blanc peut tuer un homme noir sans être jugé ou puni.

III

Une tragédie

A

L'influence classique et antique

Combat de nègres et de chiens est une tragédie. La forme même de la pièce le prouve. L'action respecte la règle des trois unités de l'époque classique. Il y a un lieu, et tout se déroule en une nuit. La pièce commence au crépuscule et se termine à l'aube.
L'action principale est celle d'Alboury qui veut savoir ce qui est arrivé à son frère. Aucune autre action n'est montrée en parallèle de celle-ci. La plupart des scènes, comme dans la tragédie antique, sont faites de deux personnages qui se confrontent.
Au début de la pièce, on trouve notamment des petits paragraphes qui décrivent les personnages, et qui peuvent s'apparenter à des prologues.

B

La fatalité

Dès le début, on trouve la notion de fatalité. Les personnages vont se détruire. L'espoir n'est pas permis. Le corps qui a disparu ne peut être restitué. Alboury ira jusqu'au bout pour le trouver, un peu comme Antigone qui ne peut pas abandonner son frère sans sépulture. Un personnage trouve la mort et les autres connaissent une fin tragique : Léone est mutilée à vie, Alboury n'a pas retrouvé son frère et Horn a perdu sa fiancée. Le sort de ceux qui restent n'est pas plus enviable que celui du mort.
Les personnages incarnent des passions, ce sont donc des héros qui sont dominés par la fatalité. Cal symbolise la haine et Léone l'amour passionnel. Alboury quant à lui est guidé par son besoin de justice et de reconnaissance. On ne peut pas l'arrêter.

C

La violence

La violence est au cœur de la pièce. On voit bien l'influence de Shakespeare. Koltès n'hésite pas à montrer des scènes choquantes. Ainsi, l'intrigue n'obéit pas à la règle de bienséance. Les personnages sur scène ne sont pas nobles, et le langage peut être cru, la violence montrée. Alboury, héros de la pièce, s'en prend violemment à Léone, il lui crache dessus alors qu'elle lui déclare son amour. Cette scène peut être mise en parallèle avec Hamlet qui insulte Ophélie.
Le meurtre n'est pas caché, et Léone se mutile sur scène. Ces visions terribles permettent de souligner la violence du monde, mais aussi de libérer le spectateur. C'est la catharsis.