Gargantua Profil d'œuvre

Gargantua

François Rabelais

1534

Au début de l'œuvre, on assiste à la naissance de Gargantua, fils du roi Grandgousier. Il sort de l'oreille de sa mère Gargamelle, lors d'une partie de campagne où celle-ci a beaucoup mangé, ri et dansé. Gargantua est absolument énorme, et il détruit très facilement tout autour de lui. Il est très souvent dans des situations cocasses à cause de sa taille.

Gargantua est d'abord éduqué par un docteur en théologie. Mais ce dernier ne lui apprend rien d'intéressant, et au contraire l'abrutit. Gargantua part alors étudier à Paris où il reçoit une éducation humaniste. Il lit des textes latins et grecs, étudie la musique et les sciences, et fait attention à son esprit tout comme à son corps. Il fait preuve d'observation et de réflexion, et reçoit une éducation morale fondée sur la Bible.

Gargantua doit rentrer au royaume de Grandgousier pour défendre les terres de son père. En effet, elles ont été envahies par le roi voisin, Picrochole. Gargantua est à la tête des combats. Il est aidé par Frère Jean des Entommeures. Le roi Picrochole perd la bataille, et Grandgousier déclare que le royaume de son ennemi revient à son fils. Frère Jean est également récompensé pour sa vaillance. On crée pour lui l'Abbaye de Thélème, dont la devise est "Fais ce que tu voudras". Ce collège offre une éducation aux filles et aux garçons. On leur apprend le chemin du bonheur terrestre. L'apprentissage est fondé sur la liberté, l'évangélisme, l'honneur et le mariage.

I

Un conte comique

A

La farce et le grotesque

Rabelais utilise de nombreux registres comiques, dont celui de la farce. Il écrit plusieurs passages qui sont réellement empreints de bouffonnerie. La taille gigantesque de Gargantua se prête à toutes sortes d'épisodes très drôles. Par exemple, sa jument, qui est immense aussi, fait de nombreuses bêtises sans s'en rendre compte : quand elle veut se débarrasser des taons, elle utilise sa queue et rase une forêt, et lorsqu'elle urine elle provoque un déluge. Gargantua quant à lui mange des hommes en salade.
L'écriture de Rabelais est également très comique. L'auteur utilise un langage très cru, et à de nombreuses reprises il y a des références scatologiques. On peut dire que son écriture est jubilatoire. La farce et la facétie, la comédie de mœurs, la parodie et la satire sont au service d'une écriture inventive qui cherche avant tout à faire rire.

B

Une morale

Si le roman de Rabelais est fort comique, il invite néanmoins à la réflexion. En effet, dans le prologue, l'auteur écrit que le lecteur doit "rompre l'os et sucer la substantifique moelle". Rabelais propose une histoire drôle, mais si on creuse un peu et si on décortique le récit, on comprend vite qu'il s'agit d'une critique de certaines mœurs, et d'un éloge de l'humanisme. L'auteur enseigne une certaine idée de la morale. Il pousse l'Homme à apprendre à réfléchir par lui-même et à ne pas accepter des pensées toutes faites. Rabelais enjoint à regarder le monde avec des yeux neufs, et à user d'un esprit critique en toutes circonstances.

II

L'éducation

A

Une critique de la scolastique

Rabelais confronte dans son roman deux types d'enseignement. D'un côté, il présente la scolastique médiévale. Cet enseignement était remis en cause à l'époque de l'auteur, notamment grâce à l'arrivée du courant humaniste. Rabelais le décrit comme étant trop lourd et désuet, mais aussi ridicule. C'est le professeur que Grandgousier donne à Gargantua au début du roman qui symbolise cet enseignement.
Le professeur est, certes, fort instruit, mais il ne fait qu'apprendre à Gargantua des leçons par cœur. L'éducation est vue comme une accumulation de savoirs. Il ne faut pas maîtriser le sujet dont on parle, mais pouvoir donner des tas de références. Ces savoirs sont finalement inutiles, puisqu'ils ne permettent pas de développer une conscience de soi ou de sa propre personnalité. Gargantua n'apprend pas à réfléchir, simplement à régurgiter.

B

Un enseignement humaniste

De l'autre côté, Rabelais présente l'enseignement humaniste, qu'il défend comme étant le meilleur enseignement possible. Lorsqu'il arrive à Paris, Gargantua est éduqué selon la pensée humaniste.
Les humanistes étaient des hommes de la Renaissance. Le mouvement a commencé en Italie. L'instruction intellectuelle est toujours très importante, mais elle se base aussi sur l'observation et la réflexion personnelle de l'élève. Il existe un véritable échange entre l'élève et le professeur. Surtout, il est important de faire travailler son corps également, et de développer sa personnalité. On dit ainsi "un esprit sain dans un corps sain". L'homme est placé au cœur de la pensée humaniste. Il n'est plus un homme pécheur et mauvais, mais un homme bon, capable du meilleur s'il est poussé dans la bonne direction.

III

Les leçons du conte

A

Être un bon roi

Rabelais oppose deux rois, Grandgousier et Picrochole. Il entend ici traiter de l'art de bien gouverner. Grandgousier est décrit comme un homme politique bon et fort. Il est entouré de conseillers avisés et mesurés. Il sait quand agir, il sait quand garder la tête froide. C'est un roi réfléchi et juste, qui veut pour son fils la meilleure des éducations.
Au contraire, Picrochole est un mauvais roi. Il ne pense pas au bien-être de son peuple. Il veut simplement conquérir de nouveaux territoires et étendre son pouvoir. Il n'a pas de raison pour faire la guerre à Grandgousier, et personne ne parvient à le raisonner. Il n'écoute que son ego et son désir de pouvoir. C'est lui qui perd, car il est mal préparé.

B

Une dénonciation des extrêmistes religieux

Rabelais critique l'extrémisme religieux. Le personnage de Frère Jean permet à l'auteur de traiter de la religion. L'auteur le présente comme un homme sportif et amusant, spirituel dans les deux sens du terme. Il n'est pas comme on représente habituellement les moines. En effet, Rabelais entend ici dénoncer la vie monacale et ses excès. Pour Rabelais, la séparation des sexes, les vœux de chasteté et une vie retirée ne sont pas des actions qui montrent un homme religieux et bon, mais plutôt des pratiques contre nature.
L'école que Frère Jean ouvre à la fin est un lieu où garçons et filles sont éduqués en même temps, où le mariage est préconisé, et où il ne faut pas prononcer des voeux de chasteté ou de pauvreté. Rabelais met donc en garde contre ce qu'il voit comme le fanatisme religieux, tous les hommes qui s'imposent des règles dénaturées. Un homme religieux ne doit pas renoncer aux plaisirs de la vie.

C

La liberté de l'Homme

Rabelais prône la liberté de l'Homme. La devise de l'abbaye de Thélème, "Fais ce que tu voudras", en est le symbole. Pour l'auteur, l'Homme est son libre arbitre. C'est lui qui doit choisir entre le vice et la vertu. C'est la liberté de l'Homme qui peut le conduire au bonheur, elle est la condition initiale.
Rabelais est donc bien un humaniste. En effet, comme les hommes de ce courant, il croit que l'Homme peut être bon, et que l'Homme doit pouvoir choisir sa propre vie. Il a foi en l'humanité, il la croit capable de faire ce qu'il faut pour être heureuse, trouver le bonheur, et le conserver.

Le savoir hydrate et nourrit.

François Rabelais

Gargantua

1534