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Le mariage de Figaro Profil d'œuvre

Le Mariage de Figaro

Beaumarchais

1784

Figaro est le serviteur du comte Almaviva. Il a des dettes envers Marceline, et il lui a promis de l'épouser s'il ne pouvait la rembourser. Mais il s'apprêtait à se marier avec Suzanne, la camériste de la comtesse. Cependant, le comte veut rétablir le droit de cuissage pour profiter de la jolie Suzanne. Cette dernière n'entend pas se laisser faire.
Suzanne et la comtesse vont s'amuser à déjouer les ruses du comte. Pour se venger de Suzanne, Almaviva favorise Marceline dans l'exécution de la dette de Figaro. Il veut l'obliger à l'épouser. Mais Marceline découvre alors qu'elle est la mère de Figaro. Suzanne et la comtesse essaient de mettre le comte dans le droit chemin. Elles s'arrangent pour le surprendre en flagrant délit d'infidélité et le forcer à avouer sa faute.
Figaro est mis au courant de ce rendez-vous, mais il croit que sa future épouse va vraiment le tromper avec le comte. Il va sur les lieux du rendez-vous. Une série de quiproquos a lieu, et le comte finit par croire que c'est la comtesse qui le trompe. Il implore alors sa femme de lui pardonner et de l'aimer. Suzanne et Figaro peuvent se marier.

I

Le genre de la pièce

A

Une comédie

Le Mariage de Figaro est une comédie en cinq actes dans laquelle on retrouve les principaux personnages du Barbier de Séville. Dans la préface, l'auteur définit ainsi sa pièce : "La plus badine des intrigues. Un grand seigneur espagnol [le comte Almaviva], amoureux d'une jeune fille [Suzanne] qu'il veut séduire, et les efforts que cette fiancée, celui qu'elle doit épouser [Figaro] et la femme du seigneur [la comtesse] réunissent pour faire échouer dans son dessein un maître absolu que son rang, sa fortune, sa prodigalité rendent tout-puissant pour l'accomplir. Voilà tout, rien de plus. La pièce est sous vos yeux."
La pièce repose principalement sur le comique de gestes, de mots et surtout de situation. On peut aussi parler de comique de caractères, dans le sens où la personnalité du comte est moquée.

B

Une comédie classique ?

Beaumarchais respecte certaines règles classiques. Tout d'abord, il met en scène un personnage très utilisé à l'époque, le valet rusé Figaro, qui rappelle le malin Scapin de Molière. Le mariage est au cœur de l'intrigue, même si ici il s'agit du mariage du valet (ce qui est plus rare). Les règles d'unité de lieu, de temps, et d'action sont respectées.
Mais l'auteur a choisi une dramaturgie complexe et foisonnante. Tout d'abord, il met en scène de très nombreux personnages. Il y a beaucoup de péripéties, et beaucoup d'intrigues parallèles également. Tous les procédés dramatiques et comiques sont utilisés, et les quiproquos et les mensonges ne cessent de se succéder. Beaumarchais surtout creuse les sentiments. Figaro et sa fiancée s'aiment avant le lever du rideau. Ils vont se battre pour leur amour, pour que l'on reconnaisse la dignité de leurs sentiments. Il y a une réelle profondeur psychologique chez les personnages. On peut dire que Beaumarchais renouvelle le genre de la comédie.

II

Une critique de la société

A

La justice

La pièce est une critique de la société, et d'abord de la justice. Beaumarchais met ainsi en scène un semblant de procès, celui de Figaro qui ne peut rembourser sa dette à Marceline. Ce procès devient un moyen pour le comte de ruiner les fiançailles de Figaro et Suzanne.
Ici, Beaumarchais règle ses comptes avec la justice. Il a en effet connu la disgrâce à cause de la justice. Marceline critique ainsi la façon dont les juges sont recrutés, ils ne sont pas compétents. Le juge Brid'oison est d'ailleurs fort ridicule ce qui renforce la satire. C'est un idiot qui a des difficultés à parler. Le personnage de Double-Main a deux charges, greffier et secrétaire du juge, et Beaumarchais s'oppose à cela. Il met en scène une parodie de procès. Le jugement rendu par le comte est injuste car il sert ses propres intérêts.

B

Une critique des privilèges

Beaumarchais dénonce aussi les privilèges des nobles. Il trouve immoral le pouvoir du comte sur ses serviteurs. Il remet en question la relation de dominé/dominant. Le comte veut d'ailleurs rétablir une pratique infâme, celle du droit de cuissage. Ce droit a existé. Les nobles pouvaient coucher avec leurs servantes avant leur mariage. Elles n'avaient pas à être consentantes. Sous couvert de comédie, Beaumarchais dénonce donc une véritable pratique abominable.
Beaumarchais montre que le pouvoir monte à la tête du comte, mais ce ne sont pas que les serviteurs qui en subissent ce changement, mais aussi la comtesse. Le dramaturge entend démontrer que les relations maîtres/valets doivent évoluer. Il demande plus de justice et d'égalité.

Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! … Noblesse, fortune, un rang, des places ; tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ! Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus.

Beaumarchais

Le Mariage de Figaro

1784

Figaro dénonce le pouvoir du comte. Tout ce qu'il a fait pour avoir ses privilèges, c'est naître. Le monde est donc injuste. Certains doivent lutter, d'autres sont juste bien lotis.

III

Un vent révolutionnaire

A

Figaro, un valet désabusé

Figaro est un valet désabusé. Qu'a donc fait son maître pour mériter sa fortune ? Rien. Figaro, lui, a erré, il a lutté, il a appris ce qu'était la vie. Il jette un regard sans illusion autour de lui. Lorsqu'il croit que Suzanne le trompe, il ne semble même pas étonné. Il pense que le monde entier est injuste.
Il n'est pas tant énervé contre Suzanne que contre le comte. Pour lui, il a tout fait. Il l'a toujours aidé. Mais le comte se montre ingrat, il veut lui prendre sa fiancée. Figaro est désenchanté et est scandalisé par une société corrompue, avilie, où l'argent règne en maître. Il dit : "j'ai tout vu, tout fait, tout usé. Puis l'illusion s'est détruite et, trop désabusé... Désabusé ! ... Désabusé !..."

B

La place des femmes dans la pièce

Le couple maître/valet que forment Almaviva et Figaro est dédoublé par celui de la maîtresse et de sa servante Suzanne. Alors que les deux hommes sont rivaux, les deux femmes sont complices. Elles s'aident mutuellement, et se liguent contre le comte. Suzanne n'a pas peur de révéler à la comtesse les avances du comte, et la comtesse décide d'aider sa servante. Elles forment un plan pour confondre le comte. Suzanne promet de ne rien dire à Figaro de leur stratagème. Elles se font donc confiance.
On peut dire qu'elles sont solidaires face à l'oppression masculine. Suzanne et la comtesse entendent donner une leçon à leurs époux. La différence de condition sociale est transcendée par un intérêt commun.