Fables (Anouilh) Profil d'œuvre

Fables

Jean Anouilh

1962

Le recueil est constitué de quarante-sept fables de Jean Anouilh. L'auteur s'inspire énormément de La Fontaine. Il donne sa propre vision des fables. Il s'agit d'une réécriture. Ainsi, on trouve "La Cigale", inspirée de "La Cigale et la Fourmi". L'histoire se déroule cette fois dans le milieu du divertissement. À la place de la fourmi, Anouilh choisit de mettre en scène un renard. L'auteur renverse souvent le sens initial des fables. Certaines fables plus simples mettent en scène les travers humains : "L'Oiseau rare", "Les Trois Lions" ou "La Chèvre folle".

Comme chez La Fontaine, les fables mettent souvent en scène des animaux : "La Fille et le Loup", "La Girafe et la Tortue", "Le Loup attendri", "Le Coq cocu", "Le Loup, la Louve et le Louveteau", "Le Loup et la Vipère", "Le vieux Loup". Le loup revient d'ailleurs souvent. D'autres mettent en scène uniquement des hommes : "L'Astronome", "La Mariée trop belle". Pour d'autres encore il s'agit d'objets tels que "La Baignoire", "Le Carrosse inutile", ou d'événements comme "L'Enterrement", 'Le Procès".

Anouilh propose également une réécriture du conte "Cendrillon".

I

La fable : un apologue

Le mot "fable" vient du latin "fabula" qui signifie "récit". Une fable est un apologue, un récit allégorique où les personnages symbolisent souvent un caractère ou un trait humain, représente une idée. Par exemple, le renard symbolise souvent la ruse, le lion le pouvoir et l'âne l'idiotie.
Dans un apologue, l'auteur utilise la fiction pour amuser le lecteur et le divertir, mais aussi pour lui donner une leçon. Il y a donc une visée didactique. Souvent, la leçon est explicitée sous la forme d'une morale, mais elle peut aussi être implicite.

II

Une réécriture

Les fables d'Anouilh sont le résultat d'une longue tradition de réécriture des fables. Si La Fontaine est le nom qui vient de façon évidente à l'esprit, il est loin d'être le premier à avoir utilisé ce genre. Il s'est lui-même inspiré d'Ésope.
Anouilh justifie ainsi son entreprise dans sa préface : "Ces fables ne sont que Ie plaisir d'un été. Je voudrais qu'on Ies lise aussi vite et aussi facilement que je les ai faites et, si on y prend un peu de plaisir − ajouté au mien -, il justifiera amplement cette entreprise futile. Il y a tant de gens dont c'est Ie gagne-pain de penser de nos jours, que ce petit livre refermé et oublié, les occasions d'être profond ne vous manqueront certainement pas."
Anouilh détourne toujours le sens des fables qu'il emprunte à La Fontaine. Ainsi, dans "Le Chêne et le Roseau" il se place du côté du chêne et fait du roseau un être petit et menaçant.

III

La grandeur morale

L'une des plus célèbres fables du recueil est la réécriture de "Le Chêne et le Roseau". Jean Anouilh y développe l'idée de grandeur morale. Le chêne n'est plus un être orgueilleux qui se croit plus fort que tous. C'est un arbre noble et fier qui s'oppose à la mesquinerie du roseau. Ce dernier se montre haineux et mauvais.
Cette fable dénonce les plus faibles jaloux de ceux qui ont une meilleure position qu'eux. Il dénonce l'esprit petit-bourgeois et défend la grandeur morale du chêne, qui n'hésite pas à penser à contre-courant malgré les risques.

Le géant, qui souffrait, blessé,
De mille morts, de mille peines,
Eut un sourire triste et beau
Et, avant de mourir, regardant le roseau,
Lui dit : "Je suis encore un chêne."

Jean Anouilh

"Le Chêne et le Roseau", Fables

1962

IV

Une critique de l'argent

Dans la réécriture de "La Cigale et la Fourmi", Anouilh procède à une parodie de La Fontaine. Il fait une satire sociale adaptée à son époque. Il introduit le renard, qui se montre rusé et manipulateur. Il flatte la cigale, une artiste. Homme d'argent, il pense qu'elle ne peut pas gérer sa fortune, et il veut profiter d'elle.
Mais Anouilh propose un retournement de situation. Alors que la cigale de La Fontaine est détachée des réalités de la vie, celle d'Anouilh n'est pas une artiste qui vit pour l'art, mais pour le profit. Elle joue la naïve, mais elle impose finalement ses volontés au renard. C'est une redoutable femme d'affaires. À travers le personnage de la cigale, Anouilh dénonce le mercantilisme des artistes de son époque.