L'Heptaméron Profil d'œuvre

L'Heptaméron

Marguerite de Navarre

1558

L'Heptaméron est un recueil de nouvelles et de contes. L'auteure, la reine Marguerite de Navarre, imite ici le Le Décaméron de Boccace. Elle est morte avant de pouvoir terminer son ouvrage, qui comprend sept journées, et non les dix qu'elle souhaitait. Les personnages de l'ouvrage se réunissent dans une abbaye dans les Pyrénées, pour se protéger de violentes pluies. Ils attendent qu'un pont soit construit sur le Gave pour pouvoir rentrer chez eux. En attendant, ils décident d'échanger des histoires, une par jour. Les anecdotes racontées ont été vécues par les différents personnages. La plupart des nouvelles traitent de l'amour. Après chaque histoire, les personnages discutent de ce qu'ils viennent d'entendre. On trouve dix personnages, cinq femmes (Parlamente, Oisille, Longarine, Emarsuite et Nomerfide), et cinq hommes (Hircan, Guebron, Simontault, Dagoucin et Saffredent).

Chaque jour, dix histoires sont racontées (dix histoires pendant sept jours, d'où le titre de L'Heptaméron). Les personnages méditent sur la différence entre les hommes et les femmes, ils dissertent sur l'amour, le désir, le vice et la vertu.

I

Une œuvre sociale polyphonique

On parle d'œuvre polyphonique, car il y a une multitude de narrateurs. Ce sont les dix personnages isolés pour se protéger de la tempête qui prennent en charge les histoires racontées. Il y a également un narrateur extérieur.
Les personnages dans les histoires sont assez différents, ce qui permet d'aborder des sujets variés. La condition sociale est un élément déterminant dans l'œuvre. Les dix personnages principaux sont des nobles, mais dans leurs histoires ils évoquent les bourgeois, les paysans ou les hommes pauvres, et les membres du clergé.
Marguerite de Navarre décrit une société où les rôles sont répartis en fonction de la classe sociale. Par exemple, dans le prologue qui ouvre l'ouvrage, les intempéries ont fait de nombreux morts, mais ce sont surtout des gens de basse condition qui ont péri. Les nobles se montrent indifférents à cette tragédie : ils paraissent héroïques au premier abord, mais se révèlent souvent assez cruels. Les membres du clergé sont souvent montrés comme des hypocrites qui se cachent derrière la religion. L'auteure fait donc une peinture grinçante de son temps.

II

Les contes comiques

Les histoires du recueil peuvent être qualifiées de contes. Ce sont des histoires courtes qui ont souvent une visée morale. Elles divertissent tout en amusant. Certains contes sont comiques, ils sont en général caractérisés par leur brièveté, et par le rire qu'ils déclenchent chez les personnages qui les écoûtent. Le comique repose toujours sur les mêmes ressorts : quiproquos, malentendus, tromperies, retournements de situation. Les personnages des contes peuvent être très pittoresques.
Ces contes provoquent le rire, mais appellent tout de même à la réflexion. Les personnages qui ont écouté l'histoire dissertent toujours sur ce qu'ils viennent d'entendre, et même si l'histoire était comique, leurs débats restent sérieux.

III

Les contes "noirs"

Les contes "noirs" sont plus sombres. Il n'y a pas de passage pittoresque. Ces contes sont caractérisés par leur violence, et parfois même leur côté horrifique. Le lecteur est plongé dans une ambiance mystérieuse et inquiétante. Marguerite de Navarre entend alors choquer le lecteur, le surprendre.
L'auteure met en scène des meurtres, des scènes sanglantes. Elle accorde de l'importance aux détails, ce qui rend les histoires d'autant plus effrayantes, comme par exemple : "Les os qui ne furent consumés par le feu, il les fit mettre dans du mortier, là où il faisait bâtir sa maison…" Le côté macabre de ces contes permet de souligner la violence des passions humaines, qui devient souvent une violence physique et terrible.

IV

Désir et amour

Dans les contes, l'auteure montre comment amour et désir sont mêlés. Elle évoque la violence du désir, qui peut aller jusqu'à la brutalité. Pour Marguerite de Navarre, le désir physique est naturel, tout comme le plaisir. Mais justement, cela rend l'homme fragile, prêt à succomber au désir n'importe quand. On retrouve dans ces histoires des personnages violents, comme les maris jaloux et trompés. Souvent, les femmes infidèles meurent violemment.
Marguerite de Navarre utilise surtout des hyperboles et des métaphores pour souligner la violence du désir. Elle ne cesse d'évoquer l'amour et le désir avec la métaphore du feu. L'adultère est vu comme une folie : pris par le désir, l'homme est comme dépossédé de lui-même et cède à la tentation. L'amour est rarement vertueux. Les hommes amoureux se montrent démesurés et même dénaturés.

V

La vertu

Dans les contes, hommes et femmes sont souvent opposés. La question de la vertu est très importante. Les hommes sont souvent loués pour leurs exploits amoureux, un vocabulaire guerrier est utilisé pour décrire les conquêtes amoureuses.
En revanche, l'honneur de la femme se trouve dans la vertu. Les femmes doivent se montrer douces et chastes. La chasteté féminine devient alors l'équivalent de la hardiesse masculine. Les hommes sont ceux qui peuvent se venger. Si leurs femmes les trompent, ils les punissent, ils peuvent même aller jusqu'à les tuer. Les femmes ne peuvent pas se venger ainsi.

VI

La critique des moines

La religion est un thème important dans l'œuvre. Marguerite de Navarre fait une satire des moines. Elle rappelle toutefois, à travers le personnage d'Oisille, que tous les moines ne sont pas mauvais. Ceux dont elle se moque sont décrits comme paresseux, cupides ou gourmands. Ils ont donc souvent des vices qui sont considérés comme des péchés capitaux. L'hypocrisie des moines est la cible principale de la critique.