Devenir Premium
Se connecter
ou

Sonnet (Labé) Profil d'œuvre

Sonnets

Louise Labé

1555

Louise Labé est née à Lyon vers 1524. Son père, Pierre Charly, était un cordelier de la ville. Elle tirera son surnom, la belle cordelière, de son père aussi bien que de son futur époux, Ennemont Perrin, qui exercera la même activité.
Les vingt-quatre sonnets qu'elle a composés sont publiés en 1555. Ils sont au cœur de son œuvre. Elle y exprime avec lyrisme le sentiment amoureux. Elle utilise la mythologie, par exemple dans le sonnet XIX où elle se compare à une chasseresse. Le recueil traite de l'amour blessé. Elle évoque sa douleur et sa déception.

Le sonnet le plus célèbre est "Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie". Comme dans les autres poèmes, elle décrit le bonheur d'aimer, mais également la souffrance qui en découle. Elle se livre sans pudeur. Elle montre comme les passions enchaînent le cœur et contrôlent les sens.

I

Une vie de poétesse

Louise Labé a reçu une très bonne éducation. Elle a appris les langues, l'équitation, la musique, mais aussi, ce qui était plus rare pour une femme de son époque, l'escrime, la chasse et les exercices militaires. À seize ans, elle a rejoint l'armée du dauphin et s'est illustrée en utilisant le nom de capitaine Loys.
Son mari, Enemmont Perrin, lui permet d'écrire quand elle l'épouse. Elle reçoit de nombreux écrivains chez elle, comme Maurice Scève, Jacques Peletier du Mans et Jean-Antoine de Baïf. Elle provoque le scandale car ses écrits laissent entrevoir une femme moderne, qui a des amants, qui est satirique.
Elle publie plusieurs ouvrages, mais les sonnets vont rester son œuvre la plus connue. Elle dédie son livre à son amie Clémence de Bourges. Elle y écrit qu'elle espère que "les sévères lois des hommes n'empêchent plus les femmes de s'appliquer aux sciences et aux disciplines". Elle est souvent décrite comme étant un précurseur du féminisme dans ce sens. Elle défend l'autonomie féminine et de la capacité des femmes à apprendre. Elle meurt en 1565, dix ans après son époux.

II

Le sonnet "Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie"

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Louise Labé

Sonnets

1555

A

L'amour et ses désordres

Le thème de l'amour est au cœur des sonnets. La structure même de ce poème très connu est une énigme. Elle utilise les rimes embrassées pour mieux souligner la contradiction de l'amour. L'amour est une douceur mais est aussi le mal.
L'amour est même personnifié, puisque Louise Labé choisit de l'écrire avec un "a" majuscule. C'est un être fort et puissant. L’amour engage l’être tout entier. Les sensations sont surtout physiques, le corps est soumis aux éléments. La conscience des sentiments semble arriver seulement après les désordres physiques.
La poétesse insiste sur l'importance de la fusion. Le sentiment amoureux permet le mariage des contraires.

B

Le pouvoir de l'amour

L'amour n'est pas maîtrisable. C'est une expérience des limites. Il arrive d'un coup et prend le pouvoir. Il semble s'amuser et jouer avec la personne qu'il tourmente. L'amour tout-puissant enlève au sujet sa capacité à réfléchir et penser. Il devient une marionnette.
L'amour provoque des sentiments troublants. L'homme se sent tout à la fois brûler et noyer, sécher et verdoyer. L'amour ne peut être contrôlé. La poétesse associe le sentiment amoureux à la folie. C'est quelque chose qui dépasse l'homme.