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Essais Profil d'œuvre

Essais

Montaigne

1572 − 1592

Après la mort de son ami La Boétie, Montaigne entreprend d'écrire les Essais. Il s'engage dans la rédaction de ses mémoires psychologiques pour pallier l'absence de l'homme avec lequel il pouvait discuter de tout. Il dit qu'il le fait en "honnête homme qui ne se pique de rien". Il assure qu'il n'écrit pas un livre. Il tente juste de discuter de divers sujets. Les deux premiers livres des Essais paraissent en 1580. Montaigne en écrira jusqu'à sa mort.

Montaigne complète ses écrits tout au long de sa vie, après des voyages, après avoir expérimenté diverses choses. Il confirme, modifie, transforme. Il reprendra son ouvrage trois fois. Une fois vieux, il corrige de nouveau de nombreuses choses. La dernière édition qui est publiée en 1595, après sa mort, est plus sceptique que les autres, mais plus sage aussi. Le message principal de l'œuvre est qu'il faut être tolérant et modéré. Montaigne utilise sa vie, des citations, des anecdotes. Il s'appuie sur des réflexions et des témoignages. Il traite d'un nombre incalculable de sujets, de la mort à l'amitié, de l'esclavage à l'éducation.

I

Le projet de Montaigne

Montaigne adresse une introduction au lecteur dans les Essais. Il affirme que son ouvrage est un livre de bonne foi. Il rejette tous les artifices. Il écrit : "Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans étude et artifice : car c'est moi que je peins... Je suis moi-même la matière de mon livre..." Ainsi, on peut parler d'une œuvre qui a des accents autobiographiques. Montaigne ne raconte pas sa vie, mais il utilise des événements de son existence pour enrichir sa réflexion.
Montaigne assure que c'est lui qu'il peint, mais en vérité il s'attarde peu sur sa personnalité et sa vie. Il traite en vérité de l'Homme en général. Il étudie l'être humain. C'est le "moi" universel qui est le sujet de l'ouvrage.

II

Sa philosophie

A

Le scepticisme

Au fur et à mesure des corrections, Montaigne a livré un ouvrage de plus en plus sceptique. Il constate que l'homme est "ondoyant et divers". Il est impossible d'atteindre la vérité. L'Homme, prisonnier de préjugés et du fanatisme, est souvent le jouet des autres. Montaigne lui fait un véritable procès.
L'impression qui domine est que Montaigne est 'un modéré très intelligent. Il ne dit jamais qu'il sait quelque chose assurément, il se demande au contraire : "Que sais-je ?" Il est toujours prêt à tout remettre en cause, et lui-même d'abord. Il souligne qu'il faut être prêt à revoir son jugement sur toute chose. On ne peut être sûr de rien, il faut toujours questionner le monde autour de nous et prendre de la distance.

B

L'épicurisme

Montaigne est un épicurien. Il prend le parti de la nature : "Le plus simplement se commettre à nature, c'est s'y commettre le plus sagement. Oh ! que c'est un doux et mol chevet et sain, que l'ignorance et l'incuriosité, à reposer une tête bien faite !... Laissez faire un peu à nature ; elle entend mieux nos affaires que nous."
Montaigne est croyant, mais il n'est pas virulent ou dogmatique. C'est la raison pour laquelle il sera remis en cause par Pascal ou Bossuet, qui défendent fortement le christianisme. Par contre, les philosophes des Lumières vont se plonger dans les Essais et prendre Montaigne pour modèle.

III

Deux grands thèmes

A

L'éducation

Montaigne s'oppose à la recherche de la science pour elle-même. Il pense que le savoir doit être construit, réfléchi. Il ne faut pas étudier pour étudier, mais pour en tirer quelque chose. Il pense que l'apprentissage par cœur n'est pas le savoir. Un enfant qui sait tout réciter n'est pas un enfant intelligent, c'est une machine.
Montaigne critique la scolastique. Il s'oppose non seulement à leurs méthodes pédagogiques, mais surtout à leur violence. Il est contre les châtiments corporels. Il pense qu'il faut surtout tenter de former le jugement des enfants. La science est un instrument pour apprendre aux enfants à bien réfléchir. Il faut avoir "la tête bien faite [plutôt] que bien pleine". L'enfant doit apprendre à regarder, à observer. C'est la seule façon de discerner la vérité.

B

L'amitié

L'amitié est au cœur de l'entreprise des Essais. Montaigne a vécu une amitié exceptionnelle avec La Boétie. Il ne se remet pas de la mort de son ami. Il décrit ainsi l'amitié parfaite : elle est voulue par le destin, elle est unique, elle est fusionnelle.
Pour Montaigne, l'amitié est une reconnaissance immédiate. Il n'y a pas besoin de temps pour qu'elle se construise. Elle est voulue par Dieu. Toujours, l'amitié est unique. Elle s'oppose à l'hypocrisie. C'est une reconnaissance mutuelle et totale.
Montaigne insiste à plusieurs reprises sur la difficulté qu'il a à trouver les mots justes pour qualifier son amitié. C'est une amitié qui va au-delà des mots. Elle est un défi au langage. C'est la fusion des âmes qui semble correspondre le mieux à la vision que Montaigne se fait de l'amitié qu'il a vécue avec La Boétie.