Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil Profil d'œuvre

Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil

Jean de Léry

1578

Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil est écrit par Jean de Léry après son séjour au Brésil. Le livre se présente comme un récit de voyage. L'auteur propose une réponse à un autre ouvrage, La Cosmographie universelle, publiée par André Thevet en 1557. Léry veut ici rectifier certaines idées sur le Brésil. Le livre est composé de vingt-deux chapitres. Les six premiers traitent du départ de Léry pour l'Amérique, ensuite il décrit le Brésil et ses habitants jusqu'au chapitre vingt, et enfin il raconte son retour en Europe.

Léry écrit comment Villegagnon, fondateur de Fort Coligny, a demandé à Calvin d'envoyer des protestants au Brésil pour étendre la colonie. Jean Léry fait partie du voyage et prend la mer le 19 novembre 1556. Lors d'une escale aux îles Canaries, Léry étudie des espèces marines. La suite du voyage est marquée par des tempêtes. L'équipage arrive au Brésil le 26 février 1557. Léry raconte qu'il a passé quelques mois à Fort Coligny. Il fait le portrait de Villegagnon, en lequel il n'a pas vraiment confiance. Villegagnon se montre cruel et anti-protestant, expulsant tous ceux qui croient en la nouvelle Réforme. Léry et les autres protestants vont alors vivre avec les Tupinambas.

Léry décrit la géographie de la baie de Rio où il vit désormais, la faune et la flore de ce nouveau monde. Il s'intéresse ensuite aux Indiens, présentant leurs us et coutumes : leurs physiques, leur façon de faire la guerre, leur anthropophagie, leurs croyances, leurs relations sociales... Il présente également quelques phrases en français et en tupi pour pouvoir communiquer avec les Tupinambas. Après son séjour, Léry retourne en Europe. Le voyage dure cinq mois. Il est rude, marqué par les intempéries et le manque de nourriture. Léry raconte ainsi que les membres de l'équipage sont mêmes prêts à tuer un homme pour le manger.

I

Le but du voyage

Léry décide de partir pour le Brésil pour des raisons politiques et religieuses. Tout d'abord, il s'agit de consolider la colonie française qui existe là-bas, et faire barrage aux portugais qui étendent leur pouvoir. Villegagnon, personnage historique présent dans le récit, était parti en éclaireur pour installer une colonie.
Le Brésil est aussi une terre de refuge. Léry est protestant, et à cette époque les protestants sont particulièrement persécutés en France. Il fuit donc les conflits religieux (qu'il retrouve finalement sur place). Il y a aussi une volonté de convertir les Indiens qui vivent au Brésil, de leur apporter "la bonne parole".

II

La découverte d'un autre monde

Le récit de voyage permet de raconter comment Léry découvre un nouveau monde, une nouvelle culture. L'auteur accorde ainsi une grande importance aux descriptions. Il dresse le tableau d'un monde étrange mais séduisant.
Léry se trouve confronté à un problème, celui de nommer et de caractériser pour ses lecteurs des espèces animales et végétales qui étaient inconnues jusqu'alors. Il procède souvent par analogie pour essayer de décrire ce qu'il a sous les yeux. Il explique ainsi que le tapir est mi-âne et mi-vache. Il finit souvent par utiliser les termes indiens. Ainsi, il écrit "soo" pour parler de "bêtes sauvages". Il introduit dans la langue française de nombreux termes jusqu'ici inconnus, comme "tatou" ou "ananas". Léry insiste sur les sens, il tente de faire comprendre au lecteur ses sensations.

III

Un paradis terrestre

Léry livre une description paradisiaque du Brésil. Il utilise ainsi de très nombreuses hyperboles pour décrire la nature. Il se montre particulièrement fasciné par l'ara, un perroquet très coloré, à propos duquel il écrit : "on est ravi d'une telle beauté".
Léry assure que cette beauté est la preuve de l'existence de Dieu. S'il pense d'abord que le Brésil est un paradis terrestre, il finit par conclure que cela est impossible, puisque les Indiens ne croient pas en Dieu. Si vraiment le Brésil était l'Éden, alors ses habitants reconnaîtraient la puissance et la grâce divines.

IV

Une vision humaniste des Indiens

Léry est un humaniste. Il place l'Homme au centre de sa réflexion. Pour lui, les Indiens sont des êtres humains, et il entend les défendre. Il rejette les préjugés qui se répandent sur eux. Il affirme que les Indiens ne sont pas monstrueux, et ressemblent aux autres hommes.
Léry décrit les Indiens comme étant proches de la nature. Il s'intéresse aussi à leur culture, et parle longuement de leurs peintures rituelles, des vêtements qu'ils portent et de leurs parures. Il insiste sur leur force et leur capacité à chasser et pêcher.

V

Une réflexion sur la morale

Léry dresse un portrait contrasté des Indiens sur le plan moral. Il rappelle leurs qualités, comme l'hospitalité. Ce sont eux qui l'ont accueilli quand Villegagnon l'a chassé. Il insiste sur l'harmonie qui règne parmi les Indiens, l'absence de passions destructrices et le désintérêt pour les choses matérielles.
Toutefois, il ne fait pas l'impasse sur leur cruauté. Il est particulièrement choqué par le cannibalisme. Il est également gêné par le fait qu'ils ne croient pas en Dieu. Il n'hésite tout de même pas à les défendre, en rappelant que si le cannibalisme est choquant pour les Européens, il a également existé pendant les guerres de religion. Contrairement à de nombreux hommes de son époque, Léry rejette l'idée du "bon sauvage". Tous les hommes sont capables de commettre des horreurs.