La Princesse de Clèves Profil d'œuvre

La Princesse de Clèves

Madame de Lafayette

1678

L'histoire se déroule entre 1558 et 1559, à la cour du roi Henri II. Mademoiselle de Chartres a été élevée par sa mère, qui l'a mise en garde contre la passion amoureuse. Comme elle est très belle, elle attire tous les regards. Le prince de Clèves la demande en mariage, et elle accepte. Pourtant, elle ne l'aime pas vraiment, elle a surtout de l'estime pour lui. A un bal, elle rencontre le duc de Nemours, dont elle tombe éperdument amoureuse. Le jeune homme l'aime aussi, mais elle est décidée à combattre ces sentiments qu'elle juge immoraux.

La princesse demande à sa mère de l'aider. Elle fait tout pour mettre des obstacles entre elle et le duc, et fuit constamment sa compagnie. Elle va se réfugier à la campagne. Elle avoue à son mari les sentiments qu'elle nourrit pour un autre homme, sans lui dire qui il est. Mais Monsieur de Nemours, qui est venu voir la jeune femme, assiste à l'aveu, caché, et comprend qu'elle l'aime.

Monsieur de Clèves est d'abord rassuré par la franchise de son épouse. Mais bientôt, il devient jaloux. Il fait tout pour connaître son nom, et apprend qu'il s'agit de Nemours. Le prince de Clèves accuse sa femme de s'être déclarée, ce qu'elle nie.

Monsieur de Nemours rend visite à la princesse à la campagne, mais elle fuit. Un espion du prince lui rapporte néanmoins la visite du duc, et Monsieur de Clèves est persuadé d'avoir été trahi. Il meurt de chagrin. La princesse est folle de douleur et refuse de voir Monsieur de Nemours. Dans une dernière entrevue, elle lui avoue son amour, mais se refuse de nouveau à lui. Elle se retire dans un couvent et meurt peu après.

I

Le premier roman

A

La psychologie des personnages

La Princesse de Clèves est le modèle du roman psychologique. Il est considéré comme le premier roman moderne de la littérature française. En effet, Madame de Lafayette écrit des analyses psychologiques qui sont novatrices pour l'époque. L'auteur est très rigoureux dans ses descriptions des sentiments et des passions. Elle consacre de nombreux passages à l'analyse des pensées de ses personnages. Elle explore avec minutie les sentiments qui les animent.
Ainsi, l'auteur parvient à exprimer l'amour, le désir, mais aussi la jalousie. Elle montre la façon dont l'héroïne se bat contre ses sentiments. Les descriptions permettent de faire comprendre le choix de la jeune femme, qui préfère renoncer à sa passion pour la vertu.

B

Un roman historique

Les personnages de La Princesse de Clèves sont des personnages historiques. Si certains détails ont été modifiés, l'auteur s'inspire néanmoins de faits réels. Ainsi, seul le personnage de la princesse de Clèves serait imaginaire.
Jacques de Savoie-Nemours a existé, quoique l'écrivain ait changé ses dates de vie et de mort pour le faire apparaître dans le roman. Henri II a également régné en France. Tout comme pour Nemours, sa mort est romancée et intervient à une date différente de celle de la réalité.
Marguerite de Valois apparaît aussi dans le roman. C'est la fille de François Ier, roi de France et de la reine Claude de France. Apparaissent aussi Catherine de Médicis, Diane de Poitiers ou encore le prince de Clèves. Madame de Lafayette modifie leurs vies et en fait des personnages romanesques, mais ils ont tous existé.

II

Un roman précieux

A

La préciosité du texte

On retrouve chez Madame de Lafayette le langage raffiné du style précieux. L'auteur utilise de nombreuses hyperboles et litotes lorsqu'elle décrit les sentiments des personnages, afin de rendre leurs passions plus belles, plus fortes, plus idéales. L'amour est le thème central du roman. Le sujet même répond à une question que l'on pose dans les salons précieux, une fois libre doit-elle ou non céder à sa passion ?
Les personnages du roman discutent d'amour, se posent de nombreuses questions sur les sentiments. Le couple que forment la princesse de Clèves et le duc de Nemours représente aussi un idéal précieux. Ils sont beaux et intelligents. Tout le monde les remarque et les regarde à la cour.

B

Des personnages idéalisés

La princesse est l'incarnation même de la vertu. Alors que les intrigues amoureuses se multiplient autour d'elle, et qu'elle attire la convoitise de tous les hommes de la cour, elle reste vertueuse et sage. Elle ne cède pas à la passion ni à la galanterie, contrairement aux autres femmes autour d'elle. Elle se marie à un homme qu'elle estime, un homme qui l'aime mais pour qui elle a surtout de l'admiration et du respect, et non pas une passion dévorante.
Tous les personnages sont souvent vus comme étant très beaux. Le duc de Nemours est l'amant idéal. Mais finalement, ils sont tous voués à l'échec. Le prince de Clèves meurt de jalousie, les femmes cèdent aux avances des hommes, et Nemours, comme la princesse l'avait prédit, cesse de l'aimer après plusieurs années. Seule la princesse reste idéale.

III

La morale

A

Les dangers de la passion amoureuse

Madame de Lafayette se rattache à la tradition des moralistes du XVIIe siècle. Le roman montre que la passion amoureuse peut détourner de la vertu et du bonheur, et entraîner de grands malheurs (mort du prince). La mère de l'héroïne est le symbole même de la morale. Elle dicte à sa fille comment se conduire, ce qu'elle doit faire. Elle la met en garde contre la cour et ses intrigues. Elle fait tout pour protéger sa fille. Lorsqu'elle meurt, la princesse n'oublie rien de son apprentissage. Pour honorer sa mère, son nom, sa famille, elle continue de respecter les règles qu'elle lui a imposées. Les autres femmes qui succombent à la passion dans le roman ne sont pas décrites comme étant aussi vertueuses et bonnes que la princesse de Clèves.

B

La vertu de la princesse

Madame de Lafayette développe ici une morale dite "féminine", équivalente à celle de la mesure pour l'honnête homme. Elle affirme qu'une femme doit se montrer vertueuse. Cette idée n'est pas nouvelle. La vertu de la femme a toujours eu de l'importance, et a toujours été un sujet majeur dans les romans. Mais Madame de Lafayette va plus loin. En effet, la princesse résiste au duc car elle est mariée. Elle ne veut pas d'une liaison adultère, cela irait contre la morale, mais aussi contre la religion, contre Dieu. Elle se conduit de façon exemplaire selon son époque.
Mais à la mort de son mari, plus rien ne l'empêche d'être avec le duc de Nemours. Personne ne s'y opposerait, au contraire, il serait même normal pour elle de vivre enfin son amour. Mais elle refuse. Elle estime qu'elle doit fidélité à son mari dans la mort, car elle se sent responsable de son décès. Elle croit qu'elle doit expier une faute.
Toutefois, il ne faut pas oublier que la princesse avoue que, pour elle, le plus terrible serait que le duc cesse de l'aimer. Ce n'est pas que la morale ou la vertu qui la poussent à se refuser à Nemours. C'est aussi son propre amour, son ego aussi peut-être, qui l'empêchent de vivre sa passion. Elle a bien trop peur de cesser d'être aimée, et la fin du roman laisse entendre qu'elle est capable d'un amour éternel, alors que le duc de Nemours l'oublie.

Les paroles les plus obscures d'un homme qui plaît donnent plus d'agitation que des déclarations ouvertes d'un homme qui ne plaît pas.

Madame de Lafayette

La Princesse de Clèves

1678