Un mot pour un autre Profil d'œuvre

Un mot pour un autre

Jean Tardieu

1951

La pièce de théâtre est très courte. Elle est un vaudeville. Le personnage de Madame reçoit son amie la comtesse de Perleminouze. Tout à coup, le comte de Perleminouze arrive. Madame est fort ennuyée. Le spectateur comprend alors que le comte est en réalité l'amant de Madame.
La comtesse se rend compte assez rapidement de la situation mais Madame se défend devant son amie. Le comte n'est pas simplement son amant, il est l'amant de tout le monde. Elle évoque ainsi les nombreuses conquêtes de l'homme. La comtesse et Madame se mettent alors en colère contre le comte et s'opposent à lui. Le comte, penaud, bat en retraite. Les deux amies peuvent alors prendre le thé dans le calme.

I

La vie de l'auteur

Jean Tardieu est né dans une famille d'artistes. Il est le fils du peintre Victor Tardieu. Jean Tardieu aime beaucoup la musique, et plusieurs de ses œuvres poétiques ont été mises en musique. Il est victime d'une grave dépression. L'angoisse métaphysique et existentielle va alors peupler son œuvre. Cette part d'ombre le pousse à écrire.
Il aime particulièrement les œuvres de Paul Valéry et de Friedrich Hölderlin. Il a été traducteur (notamment de Goethe), et a travaillé pour les Musées Nationaux, Hachette et la Radiodiffusion française. Il reçoit le Grand Prix de littérature de la Société des Gens de Lettres en 1986, après le Grand Prix de poésie de l'Académie française en 1972.

II

Le jeu sur le langage

A

Les substitutions de mots

Dans la pièce, Tardieu remplace systématiquement le mot correct par un autre qui n'a rien à voir. Pourtant, le spectateur comprend très bien ce qu'il veut dire. Les phrases sont prévisibles, car elles sont stéréotypées. Tardieu montre ainsi que l'Homme parle toujours de la même façon. Le langage est vide de sens. Les mots n'ont pas d'intérêt, on comprend ce que l'autre veut dire même si on utilise le mauvais vocabulaire.
Les verbes "être" et "avoir" sont conservés, les pronoms, certains adverbes et les conjonctions aussi. Autrement, tout le reste est remplacé par un autre mot. C'est la situation générale, les gestes, les intonations (le tout est décrit dans les didascalies) qui permettent la compréhension de la pièce. C'est une comédie de boulevard, tout le monde connaît l'histoire : une femme attend son amant, mais c'est la femme de l'amant, qui est son amie, qui arrive. L'amant arrive ensuite.

B

Le langage du corps

Les situations sont stéréotypées. C'est pour cela que tout est compris malgré le jeu sur les mots. Tardieu ici s'amuse du fonctionnement du langage. Ce qu'il souligne, c'est qu'on parle pour ne rien dire. On peut finalement raconter n'importe quoi, si on connaît la situation, on comprend ce qui se passe.
Tardieu veut ici montrer que les mouvements du corps, les intonations, les expressions du visage, en disent bien plus dans le quotidien des hommes que les mots. Les mots n'ont de sens qui si on leur en donne. Ainsi, si je veux que tel mot veuille dire quelque chose de différent, il suffit que je l'exprime par mon corps.

III

Le théâtre, un art total

Le théâtre, pour Tardieu, est donc un art total. Le dramaturge joue sur l'importance du langage non verbal. Il utilise de nombreuses didascalies. La gestuelle des acteurs est très travaillée. Les objets présents sur scène ont une grande importance. Tardieu veut montrer que la vie même est un théâtre. Le théâtre, ce n'est pas les mots, ce sont les situations, c'est le jeu. C'est grâce au travail des acteurs que le spectateur comprend l'histoire.
S'il dénonce les problèmes du langage, Tardieu fait surtout comprendre que le théâtre se rapproche le plus de la réalité. Il permet de nous montrer tels que nous sommes.