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Discours de la servitude volontaire Profil d'œuvre

Discours de la servitude volontaire

Étienne de la Boétie

1576

Il s'agit d'un texte court publié après la mort de l'auteur. L'œuvre se veut une critique du pouvoir monarchique autoritaire. La Boétie tente de répondre à la question : pourquoi les hommes se soumettent-ils à des tyrans ? L'auteur livre sa réflexion sur cette question philosophique. Il avance différents arguments pour justifier cet état de servitude des hommes (l'habitude ou la coutume, la manipulation des hommes puissants, l'intérêt ou le profit).
La Boétie avance des arguments historiques pour étayer sa thèse. Il dénonce la tyrannie en se livrant à une description des souffrances des peuples. Il imagine également les tourments que les tyrans et leurs proches vont subir dans l'au-delà, lorsque Dieu les aura punis pour leurs crimes.

I

Le paradoxe de la servitude

La Boétie assure que le peuple "consent à son mal". Si la servitude existe, c'est parce que les hommes se soumettent. Il affirme que pour être libre, l'Homme doit vouloir être libre. Le paradoxe est donc : comment les hommes peuvent-ils consentir à être asservis ?
La Boétie évoque plusieurs raisons. Il rejette l'idée selon laquelle la servitude est naturelle. Au contraire, il la juge contre-nature. Il distingue la servitude contrainte de la servitude volontaire. Cette dernière est une servitude consentie. Pour illustrer la servitude contrainte, il prend l'exemple d'Athènes, qui fut asservie. Le peuple athénien reconnaissait sa privation de liberté, réalisait qu'il était entravé. La servitude volontaire est d'une autre nature.

II

L'obéissance par "amitié"

La servitude volontaire peut être due à une habitude, à la tradition. L'Homme ne se pose même plus la question de savoir pourquoi il est dans cette situation, si cela est bon pour lui. La Boétie avance également l'idée que l'Homme accepte d'être asservi car il estime que celui au pouvoir paraît capable de gouverner. Il parle d'amitié pour le souverain.
Mais il réfute cette hypothèse. En effet, en mettant au pouvoir celui qui a bien agi, les hommes le mettent à une place où il peut mal agir. Rien ne permet d'affirmer qu'un homme bon le reste une fois au pouvoir. Ce serait être aveugle que croire une telle chose, un homme peut se conduire bien pour arriver au sommet, puis trahir ses promesses.
L'obéissance au maître ne peut être légitimée ainsi. La force ne justifie par la servitude, la bonté et l'amitié non plus.

III

La figure du tyran

L'idée de gouvernement n'est pas contestée par La Boétie. Les hommes ont besoin d'une autorité politique. Mais la domination du maître n'est pas une bonne chose. Si l'autorité politique prend le titre de "maître", elle prend le risque de devenir tyrannique.
Le roi est toujours susceptible de devenir tyran. Et il n'existe pas de bon tyran. La concentration de pouvoir est une menace. Il prend pour exemple Denys de Syracuse, d'abord roi puis tyran. Tous les titres de personnes au pouvoir (roi, seigneur, maître, tyran) renvoient à la même réalité : un homme tout puissant qui assoit son pouvoir sur un peuple asservi.
La Boétie réfléchit sur la figure du tyran. En prenant des exemples historiques, des exemples tirés des écrits d'Érasme ou de l'Ancien Testament, il conclut que le tyran est la figure du monstre. L'Homme n'est pas monstrueux par nature, mais la place de maître le rend tyrannique, et donc monstrueux. Le pouvoir dénature l'Homme. Qu'importe la façon d'accéder au pouvoir (élection du peuple, la force, l'hérédité), l'Homme gouverne toujours seul et devient tyran. La Boétie refuse de parler de "République" quand "tout est à un". Le tyran ne cherche pas à remplir son devoir, il veut simplement tous les privilèges que lui accorde sa position.

Le tyran ne gouverne pas mais se veut maître.

La Boétie

Discours de la servitude volontaire

1576

IV

Les raisons pour lesquelles la tyrannie tient

La tyrannie demeure pour plusieurs raisons. Le peuple n'a jamais connu la liberté. Il ne peut donc pas la regretter, il est élevé dans la servitude et ne peut se révolter contre sa situation.
La tyrannie tient aussi pour des raisons politiques. Les livres sont interdits, or ils représentent le savoir. Si la connaissance est interdite, l'Homme ne peut pas réaliser qu'il est asservi. Le tyran est entouré de fidèles qui s'arrangent pour que la connaissance reste hors de portée du peuple. Le tyran peut aussi manipuler le peuple en l'amusant, en l'abêtissant.

V

Le désir de liberté

L'Homme est un animal parmi les animaux. La Boétie constate que les animaux résistent, tentent de se libérer du joug de l'Homme (il prend pour exemple le cheval, le boeuf ou encore l'éléphant). L'Homme ne réagit donc plus de façon naturelle face au pouvoir.
L'auteur pose la question de savoir ce qui est arrivé à l'instinct de défense de l'Homme, son instinct de liberté. Pourquoi les hommes ne désirent-ils pas ce qui est leur plus grand bien ?
L'Homme ne sait plus reconnaître son bien, ni ce qui est naturel. La Boétie montre que les hommes qui ont une bonne condition sociale n'oublient jamais cette liberté et vont la défendre. Mais si les hommes n'ont jamais connu cette liberté, l'habitude les empêche de réfléchir à leur condition. La liberté est toujours un risque. La servitude est une façon d'échapper à sa propre liberté. L'Homme préfère son esclavage.