L'EncyclopédieProfil d'œuvre

Encyclopédie

Collectif

1751 − 1772

Encyclopédie compte dix-sept volumes, soit 60 660 articles. Cent-soixante-dix-huit savants ont collaboré pour la rédiger, dont Diderot, Voltaire, Jaucourt, Condillac, Rousseau... Le but de l'Encyclopédie est de rassembler les connaissances pour les transmettre ensuite. Il y a plusieurs articles, les connaissances sont rangées par ordre alphabétique. Il existe un système de renvoi d'un article à un autre, ainsi le lecteur voit quels sont les idées ou les thèmes qui sont liés. Le sous-titre de l'ouvrage est "Dictionnaire des arts, des sciences et des métiers". Il s'agit de vulgariser le savoir. Les philosophes qui ont participé à cette entreprise espéraient pouvoir éduquer le plus grand nombre possible, et manifestaient ainsi leur foi dans le progrès.

L'ouvrage a donc pour démarche celle des philosophes des Lumières. On transmet la connaissance par un discours informatif et explicatif, tout en n'hésitant pas à défendre une idée, à argumenter. De nombreux articles sont ici fort polémiques. Il s'agit moins de définitions de termes que de développements de thèses. Parmi les plus célèbres on peut citer "Autorité" de Diderot ou "Théocratie" de d'Holbach. Il existe un dialogue entre les différents articles, mais aussi entre les différents auteurs qui ne sont pas toujours d'accord. L'œuvre est devenue un symbole de l'esprit des Lumières.

I

La naissance du projet

A

L'histoire

À l'origine du projet, on trouve le libraire parisien Le Breton. Il veut faire traduire les deux volumes de la Cyclopedia or universal dictionary of the arts and sciences de Chambers. Il s'adresse alors à Diderot et à d'Alembert. Le projet devient plus ambitieux sous la direction de Diderot.
En 1748, Diderot est emprisonné suite à la publication de sa "Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient". En sortant de prison, il rédige un prospectus qui défend les intentions de l'ouvrage et les conditions de souscription. En 1751, le premier volume est publié. Il s'ouvre par le "Discours préliminaire" écrit par d'Alembert. Les jésuites et les jansénistes s'opposent au projet. Ils sont particulièrement choqués par la participation de l'abbé de Prades qu'ils dénoncent comme étant hérétique. Les premiers volumes sont interdits. Mais Malesherbes et Madame de Pompadour défendent le projet qui reprend.
En 1757, paraît l'article sur Genève. Le Pape condamne l'Encyclopédie. D'Alembert démissionne, mais Diderot continue son travail clandestinement. En 1766 sont publiés les dix derniers volumes.

B

Les collaborateurs

Diderot est celui qui entreprend le projet, et il a écrit plus de mille articles. Il s'entoure de d'Alembert, qui a rédigé le fameux "Genève" et de nombreux articles traitant de mathématiques et de physique. Holbach s'occupe des sciences naturelles et de l'histoire naturelle, Dumarsais de la grammaire. Le chevalier de Jaucourt n'apporte pas seulement son aide financière, mais rédige aussi plus de dix-sept mille articles.
L'abbé de Prades s'occupe principalement de théologie, Turgot d'économie politique, Marmontel de critique littéraire, Condillac et Helvétius de philosophie, Rousseau de musique (ce dernier quitte le projet fâché avec Diderot). Certains écrivent ponctuellement des articles. Ainsi, Voltaire rédige "Histoire" et "Imagination", et Montesquieu "Goût".

II

Une œuvre philosophique

Il s’agit avant tout de faire un inventaire raisonné des connaissances humaines. Les philosophes accordent une grande importance aux sciences et aux techniques car ils sont pour le progrès. L'ouvrage permet principalement de diffuser la pensée des philosophes, notamment sur des sujets très sensibles comme la religion, la politique, l’économie. Les collaborateurs mènent donc un combat contre l'ignorance, contre l'obscurantisme. C'est le livre des Lumières contre la bêtise.

Le but d’une encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre ; d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de le transmettre aux hommes qui viendront après nous ; afin que les travaux des siècles passés n’aient pas été des travaux inutiles pour les siècles qui succèderont ; que nos neveux devenant plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux, et que nous ne mourions pas sans avoir bien mérité du genre humain.

Diderot

"Encyclopédie", Encyclopédie

1751 − 1772

III

Quelques exemples

A

L'article "Autorité Politique"

L'article "Autorité Politique", rédigé par Diderot, met en avant les différents gouvernements. L'auteur condamne la monarchie de droit divin. Il y voit une soumission du peuple qui n'est pas acceptable. Diderot légitime l'autorité par consentement en passant par Dieu mais pas sous ses autres formes.
Pour Diderot, l'autorité n'est pas naturelle. Il existe deux sortes d'autorité : celle qui est prise par la force, et celle qui est consentie. Cette dernière est mise en avant afin de mieux critiquer le régime de Louis XIV. Il est intéressant de noter que le philosophe, quelques années avant la Révolution, s'oppose à la violence d'une révolte et préfère un mouvement naturel vers une monarchie constitutionnelle comme celle qui est en Angleterre.

B

L'article "Traite des Nègres"

Cet article souligne le projet polémique de l'Encyclopédie. C'est le chevalier de Jaucourt qui le rédige. Il n'explique pas simplement ce qu'est l'esclavage, il s'y oppose violemment. Il parle des hommes noirs réduits à l'esclavage comme de "malheureux" ou d'"infortunés". Il décrit leur misère. Il fait naître l'émotion chez le lecteur.
L'indignation devient une dénonciation de la barbarie. L'auteur assure qu'une telle pratique va à l'encontre de la nature humaine, de la religion : "qui viole la religion, la morale, les lois naturelles, et tous les droits de la nature humaine". Le chevalier refuse même d'admettre qu'on puisse justifier la traite des Noirs. Il assure qu'il s'agit d'un véritable crime.